Région Basilicate : le cœur secret de l’Italie du Sud

Nichée entre la mer Ionienne et la mer Tyrrhénienne, la Basilicate (en italien Basilicata) est l’une des régions les plus secrètes d’Italie. Ce petit territoire montagneux est cerné par l’Apulie à l’est, la Calabre au sud, la Campanie à l’ouest et ne possède qu’une mince bande de côte tyrrhénienne autour de Maratea. Sa capitale, Potenza, culmine à plus de 800 m d’altitude, dominée par la chaîne des Apennins lucaniens. Malgré sa situation un peu à l’écart des grands flux touristiques, la Basilicate attire depuis quelques années des voyageurs en quête d’authenticité, d’histoire et de paysages à couper le souffle. Connue sous le nom historique de Lucanie, la région partage un patrimoine millénaire façonné par les Grecs, les Romains, les Byzantins, les Normands et les Bourbons.
Basilicate, mystères et villages suspendus
Dans ce guide exhaustif, nous vous invitons à découvrir cette terre de contrastes : ses cités emblématiques, ses villages perchés, ses parcs naturels, sa gastronomie rustique, ses fêtes traditionnelles et son art de vivre. Grâce à ses montagnes, ses volcans éteints et ses deux mers, la Basilicate offre une mosaïque de paysages où se mêlent plages sauvages, dolomites méridionales et vallées fertiles. Sa culture, marquée par un passé parfois dramatique et des traditions encore vivantes, se révèle à travers des chants, des carnavals, des processions religieuses et une cuisine simple mais savoureuse. Laissez-vous guider à travers les ruelles troglodytiques de Matera, admirez les vues depuis les sommets des Dolomiti Lucane, flânez dans les ruelles médiévales de Venosa et dégustez un verre d’Aglianico del Vulture – le “Barolo du Sud”.
Histoire et patrimoine
Des origines lucaniennes à l’époque moderne
L’histoire de la Basilicate est ancienne et mouvementée. Des restes archéologiques témoignent d’occupations préhistoriques dès le Paléolithique supérieur. Sur les plateaux du Murge et autour de Matera, des communautés pratiquaient déjà la céramique et l’élevage vers 7 500 av. J.-C., ce qui fait de la région l’un des plus anciens sites agricoles d’Europe méridionale. À partir du VIIIᵉ siècle av. J.-C., les colons grecs fondent le comptoir de Métaponte sur la côte ionienne et apportent leur culture, leur alphabet et la vigne. Les populations lucaniennes autochtones adoptent partiellement ces influences mais finissent par contrôler la région au Vᵉ siècle av. J.-C. ; leurs guerriers sont réputés et s’allient tour à tour avec les Samnites et les Romains. La cité de Venusia (Venosa) devient colonie romaine en 291 av. J.-C. et se développe grâce à la voie consulaire Via Appia. Le poète Horace, né à Venosa, célèbrera plus tard les vins de la région.
Après la chute de Rome, les défilés montagneux attirent Byzantins et Lombards ; la Basilicate devient un champ de bataille entre les deux puissances avant de se placer sous la domination du Catépanat d’Otrante. À partir du XIᵉ siècle, les Normands de Robert Guiscard bâtissent des châteaux sur les hauteurs, notamment à M enceinte et Lagopesole. L’empereur Frédéric II de Hohenstaufen, très attaché à la région, agrandit ces forteresses et y réunit des conciles. Le royaume de Naples, sous les Angevins puis les Aragonais, gouverne la région pendant plusieurs siècles. La pauvreté, les famines et les séismes entravent son développement ; la Basilicate reste longtemps enclavée et rurale.
Au XIXᵉ siècle, la région participe au Risorgimento : Potenza fait partie des premières villes du sud à se révolter contre la domination bourbonienne, et l’unité italienne entraîne une modernisation lente des infrastructures. Cependant, l’isolement persiste et provoque une forte émigration vers l’Amérique et l’Europe. Aujourd’hui, la Basilicate valorise son patrimoine pour attirer un tourisme respectueux de la nature et de la culture locale.
Personnages et lieux clés
De nombreux personnages célèbres sont liés à la Basilicate. Outre Horace (Quintus Horatius Flaccus), poète latin né à Venosa en 65 av. J.-C., on cite l’humaniste Giacomo Albo d’Acerenza et le juriste Giovanni Giustiniani. La ville de Matera compte plus récemment l’écrivain Carlo Levi, exilé ici par le fascisme et auteur du roman “Le Christ s’est arrêté à Éboli” qui décrivait la misère des paysans lucaniens. La Basilicate a également donné naissance à l’astronaute Samantha Cristoforetti, originaire de Milan mais très attachée à ces terres par sa famille.
Patrimoine UNESCO : le joyau indiscutable est la Sassi di Matera, classée au patrimoine mondial depuis 1993. Ces habitations troglodytiques creusées dans le tuf témoignent d’un mode de vie millénaire. En 2019, Matera a été Capitale européenne de la culture, valorisant l’ensemble de la Basilicate.
Villes principales à découvrir
Matera : la merveille troglodytique
Capitale culturelle de la région, Matera est l’un des plus anciens établissements humains du monde. Les fouilles montrent que des communautés y vivaient au Paléolithique. Les Sassi – quartiers creusés dans le calcaire – ont été habités sans interruption jusqu’aux années 1950 : en 1952, l’État italien décida de reloger les habitants dans de nouveaux quartiers en raison des conditions insalubres. Aujourd’hui, ces grottes restaurées accueillent hôtels de charme, musées et restaurants. Une balade dans les Sassi de Barisano et Caveoso, avec leurs petites églises rupestres peintes, est inoubliable. Parmi les monuments à visiter :
- La Crypte du Péché originel : située à l’extérieur de Matera, cette chapelle rupestre du VIIIᵉ siècle, surnommée la “Chapelle Sixtine du rupestre”, conserve des fresques byzantines exceptionnelles.
- Les églises rupestres : plus de 150 églises creusées dans la roche jalonnent les Sassi et le plateau de Murgia. La plus célèbre est Santa Maria de Idris et San Pietro Barisano. Beaucoup ont été sculptées et peintes par des moines bénédictins ou byzantins au Moyen Âge.
- Casa Noha : un ancien palais noble transformé en centre d’interprétation grâce au FAI (Fondo Ambiente Italiano), qui retrace l’histoire des Sassi à travers des projections vidéo.
- Palombaro Lungo : immense citerne souterraine du XIXᵉ siècle creusée dans le tuf ; elle témoigne des ingénieux systèmes d’hydraulique qui permettaient aux habitants de stocker l’eau.
Matera est aussi le théâtre de festivals et d’événements culturels. Le Festival de la Bruna, le 2 juillet, est le plus ancien : une procession escorte la statue de la Vierge dans un char de papier mâché qui est ensuite détruit dans une explosion de pétards et de cris ; la fête mêle religion et tradition païenne. La ville abrite également la Fiera del Libro (foire du livre), des concerts de musique ancienne et un marché de Noël.
Potenza : capitale perchée
Perchée à 819 m d’altitude dans la haute vallée du Basento, Potenza est la capitale régionale. La ville est réputée pour son climat contrasté : hivers froids et enneigés, étés chauds et secs avec des températures atteignant 20 °C en moyenne au cœur de l’été. Fondée à l’époque romaine, elle subit tour à tour les invasions gothiques, lombardes, sarrazines, souabes et aragonaises. L’histoire mouvementée et de nombreux séismes ont donné à Potenza un aspect moderne, mais son centre historique conserve des rues étroites qui serpentent le long de l’ancienne Via Pretoria. À voir :
- La cathédrale San Gerardo : église romane reconstruite au XVIIIᵉ siècle, ornée d’une rosace et d’œuvres baroques.
- L’église San Francesco et Santa Maria del Sepolcro, datant du XIIIᵉ siècle.
- Musée archéologique provincial : il conserve des objets de l’Âge du Fer et de l’époque romaine, ainsi qu’une copie de la Tabula Bantina, une inscription osque cruciale pour la connaissance de la langue lucanienne.
La capitale vit au rythme des étudiants de l’université, des manifestations culturelles et des processions dédiées à saint Gérard. Chaque fin mai, la Parata dei Turchi (Parade des Turcs) anime la ville ; des figurants en costumes retracent légendes médiévales et épisodes de résistance contre les raids turcs.
Autres villes incontournables
- Maratea : surnommée la “perle du Tyrrhénien”, elle est la seule commune lucanienne à bénéficier d’une ouverture sur la mer Tyrrhénienne. Sa vieille ville, perchée à 310 m sur le mont San Biagio, est surnommée “la ville aux 44 églises”. La Basilique San Biagio, édifiée entre les VIᵉ et VIIᵉ siècles, abrite les reliques de saint Blaise et une statue en argent. Sur le sommet, une statue du Christ Rédempteur de 22 m de haut domine le golfe. Maratea séduit par ses ruelles médiévales, ses boutiques d’artisanat, son port de plaisance, ses plages comme Fiumicello ou Marina di Maratea et ses grottes marines et stalactites (Grotta delle Meraviglie). Chaque été, festivals religieux, gastronomiques et cinématographiques animent ses ruelles.
- Venosa : ville natale d’Horace, Venosa naît comme colonie romaine (Venusia). L’abbaye de la Trinité juxtapose une ancienne église et une “nouvelle” basilique inachevée, offrant un ensemble architectural unique. Dans le centre, les visiteurs peuvent voir la maison natale du poète, une statue d’Horace et un château avec portiques construit au XVᵉ siècle qui abrite une bibliothèque et le musée archéologique. La cathédrale Saint André et la fontaine Messer Oto, datée du XIIIᵉ siècle, complètent la visite. Venosa est réputée pour son vin rouge, l’Aglianico del Vulture.
- Viggiano : perchée dans la vallée de l’Agri, cette petite ville est célèbre pour son harp tradition. Depuis le XVIIIᵉ siècle, ses habitants fabriquent des harpes et forment des musiciens qui se sont expatriés dans toute l’Europe. La Place Regina delle Genti Lucane, surplombant la vallée, forme un belvédère doté d’un parcours artistique et d’un théâtre en plein air. Le musée MUVIG, installé dans l’ancien couvent de Santa Maria del Gesù, expose la harpe populaire et les traditions artisanales locales. La Procession de la Vierge Noire, chaque premier dimanche de mai et premier dimanche de septembre, réunit des milliers de pèlerins qui montent la statue de la Madonna del Sacro Monte jusqu’au sanctuaire.
- Melfi : capitale normande sous Robert Guiscard, Melfi domine la vallée du Vulture. Son château, bâti au XIᵉ siècle, fut agrandi par Frédéric II puis fortifié par les Angevins. Ceinturé de dix tours, il a accueilli cinq conciles œcuméniques et fut la résidence de Marie de Hongrie. Aujourd’hui, il abrite le musée archéologique national, qui présente la célèbre Sarcophage de Rapolla et des artefacts préromains.
Incontournables touristiques
Monuments et musées
- Les Sassi et le parc régional de la Murgia Materana : pour parcourir le plus grand musée à ciel ouvert d’Italie, il faut flâner à travers les deux quartiers troglodytiques et partir en randonnée dans la Murgia afin d’admirer les églises rupestres et les panoramas sur la ville.
- Castel Lagopesole : cette forteresse du XIIIᵉ siècle, attribuée à Frédéric II, est unique car elle possède une véritable église romane à l’intérieur de ses murs. Situé à 829 m d’altitude, il surveillait autrefois la Via Herculea et fut le lieu de rencontres politiques entre papes et empereurs.
- Abbaye de la Sainte-Trinité de Venosa : fondée sur les ruines d’une villa romaine, l’abbaye associe une église paléochrétienne et une nouvelle basilique inachevée qui devait rivaliser avec les grands édifices clunisiens. À côté se trouve un parc archéologique avec mosaïques, théâtre et domus romaine.
- Musée national d’art médiéval et moderne de Basilicate (Palazzo Lanfranchi) à Matera : il conserve des peintures et sculptures de la région du XIIIᵉ au XXᵉ siècle, ainsi que des dessins de Carlo Levi.
- Musée archéologique national de Melfi : situé dans le château, il présente des pièces lucaniennes, grecques et romaines, dont le sarcophage romain de Rapolla sculpté en marbre d’Asie Mineure.
Villages typiques et sites emblématiques
- Castelmezzano et Pietrapertosa : nichés dans les Dolomiti lucane, ces deux villages sont reliés par le spectaculaire Volo dell’Angelo (Vol de l’Ange). Cette tyrolienne aérienne permet de “voler” d’un village à l’autre suspendu à un câble d’acier ; la ligne San Martino mesure 1 416 m et atteint 110 km/h, tandis que la ligne Peschiera mesure 1 452 m et offre une vitesse pouvant atteindre 120 km/h. Après l’adrénaline, perdez-vous dans les ruelles et dégustez des produits locaux.
- Craco : le village fantôme est l’un des sites les plus fascinants d’Italie. Juché à 390 m d’altitude dans les badlands argileux, Craco fut plusieurs fois frappé par des glissements de terrain (1600, 1805, 1857, 1933). La famine provoqua une migration massive entre 1892 et 1922. En 1963, un terrible glissement entraîna l’évacuation des 1 800 habitants restants vers la vallée ; l’ancien bourg resta déserté. Les maisons et l’église se dressent encore, figées par le temps, servant de décor à des films comme “La Passion du Christ” et “007 – Quantum of Solace”. Des visites guidées permettent d’arpenter en sécurité ces ruines spectaculaires.
- Maratea et le mont San Biagio : outre son centre-ville, la région de Maratea compte de nombreux hameaux et plages. L’ascension au sanctuaire de San Biagio mène au gigantesque Cristo Redentore (22 m), deuxième plus grande statue du Christ en Italie après celle de Rio. Les criques et grottes (Cave of Wonders) de la côte tyrrhénienne se découvrent en bateau.
- Monticchio et le Monte Vulture : cet ancien volcan éteint culmine à 1 326 m. Sur ses flancs boisés s’étendent des lacs d’origine volcanique, les lacs de Monticchio, entourés d’abbayes et de sentiers. L’eau minérale du Vulture, embouteillée et exportée dans toute l’Italie, jaillit de ces sources.
- Village de Rionero in Vulture : capitale des vins Aglianico et lieu de naissance de l’héroïne du Risorgimento, la brigantessa Maria Cappa. Son musée paysan et ses caves coopératives témoignent de l’importance du vin.
- Satriano di Lucania : connu pour son carnaval ancestral. Des participants vêtus de peaux d’ours, de masques de vieille femme ou en “rumita” (hommes arbre) défilent pour symboliser la victoire du printemps sur l’hiver et évoquer des légendes locales. Le carnaval se déroule le vendredi, samedi et dimanche avant Mardi gras et prône aujourd’hui une forte conscience écologique.
Nature et activités
Paysages et parcs naturels
La Basilicate est dominée par les Apennins lucaniens qui s’étendent du Massif du Pollino au nord jusqu’au Monte Sirino au sud. Près de 47 % du territoire est montagneux et 45 % est constitué de collines. La région comprend plusieurs parcs de grande valeur :
- Parc national du Pollino : avec près de 200 000 hectares, c’est le plus vaste parc d’Italie, partagé entre Basilicate et Calabre. Les massifs du Pollino et d’Orsomarso abritent les plus hauts sommets du sud de l’Italie (Serra Dolcedorme, 2 267 m). Entre novembre et mai, leurs cimes sont enneigées. Le parc est classé UNESCO Géoparc et présente des formations de roches calcaires, des gorges profondes, des plateaux et des pâturages. Sa végétation compte de rares pins loricati (Pinus heldreichii), emblème du parc. De nombreux sentiers balisés permettent de randonner, VTT, escalade et observation de la faune. Les rivières Lao et Raganello invitent au rafting, au canyoning et au kayak ; des passerelles tibétaines offrent des vues vertigineuses.
- Parc régional Gallipoli Cognato – Petites Dolomites lucanes : situé au cœur des Dolomiti lucane, ce parc protège un massif rocheux datant de 15 millions d’années, formé de pics élancés pouvant atteindre 1 455 m au mont Caperrino. On y observe des forêts de chênes, des pâturages et une flore unique (valériane rouge, onosma lucana) ainsi que des rapaces (milan royal, faucons pèlerins). Le parc dispose de sentiers et d’aires de pique-nique. Les villages médiévaux de Castelmezzano et Pietrapertosa y sont intégrés et accessibles via la tyrolienne du Volo dell’Angelo.
- Parc national de l’Apennin lucanien – Val d’Agri – Lagonegrese : créé en 2007, ce parc englobe le massif du Monte Sirino (2 005 m) et les lacs du Pertusillo et de la Pietra del Pertusillo. Il propose des activités de randonnée, d’équitation, de parapente et des stations de ski à Sirino et Sellata.
- Réserves marines et littorales : au sud, le littoral ionien offre des plages de sable fin entre Metaponto et Policoro ; la réserve faunique de Bosco Pantano protège les dunes et forêts littorales. Au nord, la côte tyrrhénienne autour de Maratea présente une alternance de falaises, de calanques et de plages de galets.
Activités en plein air
Les paysages variés de la Basilicate se prêtent à de nombreuses activités :
- Randonnée et trekking : le réseau de sentiers balisés dans les parcs permet des balades pour tous niveaux. La montée au Monte Pollino et aux Dolomiti lucane offre des panoramas spectaculaires. Sur la côte, les promenades relient plages et criques.
- Sports d’aventure : canyoning, rafting, kayak et packraft sur les rivières Lao, Sinni et Raganello ; spéléologie dans les grottes de Maratea et de Castelmezzano ; via ferrata et escalade dans les Dolomiti lucane ; parapente et deltaplane depuis le Monte Sirino. La tyrolienne du Volo dell’Angelo constitue l’un des musts de l’été.
- Ski et neige : en hiver, des domaines skiables familiaux s’ouvrent au Monte Sirino, à Sellata et à Sasso di Castalda. Les pentes sont modestes mais les paysages enneigés du Pollino raviront les randonneurs en raquettes.
- Cyclotourisme et VTT : des itinéraires parcourent la vallée du Basento, la zone viticole du Vulture et les collines de l’Agri. La Basilicata organise des événements cyclistes et accueille parfois des étapes du Giro d’Italia.
- Thermalisme : les sources thermales de Rapolla, Latronico et Terme La Calda de Viggiano sont réputées pour leur eau sulfureuse. À San Fele, des cascades d’eaux naturelles offrent un bain rafraîchissant en été.
Gastronomie et spécialités
La cuisine lucanienne, dite cucina povera, est simple, rustique et généreuse. Elle se caractérise par l’utilisation de produits pauvres (pain rassis, légumineuses, mouton) relevés par des épices comme le piment et le raifort (appelé rafano). Voici quelques spécialités à goûter :
- Peperone crusco : piment doux de Senise (IGP) séché au soleil, puis frit pour devenir croquant. Sa saveur douce et fumée accompagne les viandes et les pâtes. Les piments se dégustent aussi farcis ou en poudre.
- Pane di Matera : pain de blé dur à la croûte épaisse, emblématique de la ville. Sa forme de corne et sa fermentation naturelle lui confèrent un arôme unique. Comme d’autres pains lucaniens, il sert à préparer la cialledda, salade de pain rassis, tomates et huile d’olive.
- Crapiata : soupe estivale de lentilles, pois chiches, fèves et céréales, servie début août lors d’une fête communautaire à Matera. La légende veut qu’elle symbolise la solidarité paysanne.
- Pignata di pecora : ragoût d’agneau ou de mouton cuit lentement dans une jarre en terre cuite avec pommes de terre, tomates, herbes sauvages et peperoni cruschi.
- Acquasale : soupe de pain rassis trempé dans de l’eau chaude, agrémentée de tomates, d’huile d’olive, de fromage de chèvre et de piments crusco. Les paysans la consommaient au petit-déjeuner.
- Lucanica di Picerno : saucisse de porc assaisonnée de fenouil et de piment, héritière de la saucisse romaine lucanica mentionnée par Apicius.
- Formaggi : le caciocavallo podolico, fromage à pâte filée élaboré à partir de lait de vaches de race podolica ; le pecorino di Filiano et le canestrato di Moliterno sont des fromages de brebis à pâte dure, munis d’AOP.
- Légumineuses et légumes : haricots blancs de Sarconi (IGP), haricots rouges de Rotonda, fèves, pois chiches et la melanzana rossa di Rotonda (aubergine rouge), variété protégée AOP. L’utilisation abondante de tomates séchées, d’herbes et d’huile d’olive caractérise la cuisine locale.

Vins et liqueurs
Le vin star de la Basilicate est sans conteste l’Aglianico del Vulture. Produit sur les sols volcaniques du mont Vulture, ce rouge puissant est obtenu du cépage aglianico, d’origine grecque, introduit en Italie au VIIᵉ siècle. En 1971, la zone obtint l’appellation d’origine contrôlée (DOC), puis en 2011 la mention DOCG Superiore, unique DOCG de la région. Les sols basaltiques confèrent aux vins des tanins soyeux et des arômes de prune, de cerise noire et d’épices. Les archives rapportent que les soldats d’Hannibal soignaient leurs blessures avec du vin du Vulture et que l’empereur Frédéric II en appréciait la qualité.
On produit aussi le Primitivo di Matera, un rouge riche en alcool ; le Grottino di Roccanova (DOC) et le Matera (DOC) qui offrent des rouges, rosés et blancs. Les vins blancs issus de malvasia et de greco accompagnent bien les plats de poissons de Metaponto. Côté liqueurs, l’Amaro Lucano, une infusion de herbes créée en 1894, est célèbre en Italie ; on trouve aussi le nocino (liqueur de noix), des liqueurs de fenouil et le rosolio.
Fêtes et traditions
Les fêtes en Basilicate allient foi, folklore et convivialité. Parmi les plus emblématiques :
- Festa della Bruna à Matera : chaque 2 juillet depuis 1389, la ville rend hommage à la Vierge de la Bruna. Une procession colorée, des fanfares et des feux d’artifice précèdent la destruction rituelle du char de la Vierge, dont les morceaux sont arrachés par la foule en signe de chance et d’abondance. La fête dure plusieurs jours et comprend des marchés et des spectacles.
- Parata dei Turchi à Potenza : fin mai, la ville célèbre saint Gérard, son saint patron. Une parade historique avec trompettes, étendards et cortège équestre rappelle la légende de l’intervention miraculeuse du saint lors d’une attaque turque au XVIᵉ siècle. Des concerts et le festival folklorique Potenza Folk se déroulent autour de cette date.
- Carnaval de Satriano di Lucania : considéré comme l’un des plus anciens d’Italie du Sud, il met en scène trois masques symboliques – l’ours, l’ermite (rumita) et la Carême – qui parcourent les rues en quête de nourriture et d’offrandes. Ce carnaval reflète les légendes locales et, depuis quelques années, des thématiques écologiques.
- Procession de la Vierge Noire de Viggiano : chaque premier dimanche de mai, la statue byzantine du XIᵉ siècle est portée depuis la basilique de Viggiano jusqu’au sanctuaire du Monte Sacro. Le retour se fait en septembre. La fête attire des milliers de fidèles et s’accompagne de musique de harpe.
- Sagra del peperone di Senise : en août, le village de Senise célèbre son piment crusco avec des stands, des dégustations et des spectacles. Des cordes de piments rouges décorent les balcons, transformant la ville en tableau vivant.
Sport et vie locale
Clubs emblématiques
Le football est le sport le plus populaire de Basilicate. Trois clubs représentent la région à l’échelle professionnelle :
- Potenza Calcio : fondé en 1920, le club évolue en Serie C. Il joue au stadio Alfredo Viviani (5 500 places) et porte les couleurs bleu et rouge.
- FC Matera (Matera Grumentum) : né en 1933 et plusieurs fois refondé, ce club dispute ses matches au stade XXI Settembre – Franco Salerno, pouvant accueillir 7 490 spectateurs. Il évolue actuellement en Serie D.
- AZ Picerno : créé en 1973, ce club d’un bourg de 6 000 habitants est devenu célèbre lorsqu’il accéda pour la première fois à la Serie C en 2019 grâce au mécénat de l’émigré Donato Curcio. Son stade, Donato Curcio, peut accueillir 2 000 spectateurs ; lors des matches importants, le club joue au stade Alfredo Viviani de Potenza.
Le basket et le volley sont pratiqués à niveau amateur ; l’équipe de basket Rionero offre un bon niveau régional. Les jeunes pratiquent également le rugby et le tennis dans les clubs municipaux.
Événements sportifs et installations
Au-delà du football, la Basilicate accueille plusieurs événements sportifs :
- Course cycliste Basilicata Coast to Coast : traversée en VTT ou en vélo de route du littoral ionien à la côte tyrrhénienne, organisée au printemps. L’itinéraire de 250 km traverse les collines et les parcs.
- Marathons de montagne : le Trail degli Aragonesi dans le Pollino et le Sirino Marathon permettent de parcourir des sentiers à haute altitude.
- Sports d’hiver : les stations de ski de Monte Sirino et Sellata disposent de quelques pistes, télésièges et auberges. Les stations sont modestes mais offrent un charme familial.
Parmi les infrastructures sportives, on compte les stades Alfredo Viviani à Potenza, XXI Settembre à Matera, Donato Curcio à Picerno, et des palazzetti pour le basket et le volley. Les parcs offrent des pistes de VTT, des murs d’escalade et des centres d’équitation.
Conseils pratiques
Quand partir ?
Le climat varie fortement selon l’altitude. À Matera, la pluviosité reste modérée (525 mm/an) et les précipitations sont concentrées en automne et en hiver. Les hivers sont frais (moyenne 5,9 °C en janvier) mais rarement glacials ; la neige est rare. Les étés sont très chauds et secs, avec des épisodes de canicule qui peuvent porter les températures au-delà de 39 °C. Les meilleurs moments pour visiter sont de mi-avril à fin mai et de mi-septembre à mi-octobre, lorsque les températures sont agréables et la lumière douce.
En montagne, les hivers sont rigoureux et enneigés, ce qui ravira les amateurs de ski et de randonnée en raquettes. Les étés restent frais, idéals pour des randonnées dans le Pollino. Sur les côtes, la chaleur est adoucie par les brises marines ; les plages ioniennes sont plus chaudes que la côte tyrrhénienne plus ventilée.
Accès et transports
Bien que repliée sur elle-même, la Basilicate est facilement accessible :
- En avion : l’aéroport le plus proche pour Matera est Bari-Palese, relié à la ville par navettes (Miccolis, Pugliairbus, Cotrab). Pour Potenza et Maratea, l’aéroport de Naples-Capodichino est pratique ; pour le Pollino, on peut atterrir à Lamezia Terme.
- En train : la compagnie Trenitalia relie Potenza, Metaponto et la côte à Salerne, Naples et Tarente. La ligne Ferrovie Appulo Lucane (FAL) dessert Matera depuis Bari en 80 minutes (pas de trains les jours fériés). Les trains sont souvent lents mais traversent des paysages variés.
- En voiture : venant du nord, on emprunte l’autoroute A14 jusqu’à la sortie Bari Nord, puis la SS96 vers Altamura et Matera ; pour Potenza, on prend l’A2 Salerne–Reggio Calabria jusqu’à Sicignano puis la SS407 Basentana. Louer une voiture est conseillé pour explorer les villages et les parcs.
- En bus : des compagnies comme FlixBus, Itabus, Marozzi, Marino et Miccolis assurent des liaisons quotidiennes depuis Rome, Naples, Bari et Tarente vers Matera et Potenza. Les bus sont souvent plus rapides et moins chers que les trains.
- Sur place : louer une voiture est le meilleur moyen de visiter villages et sites naturels. Les routes sont sinueuses mais panoramiques ; soyez prudent en montagne et en hiver. Des services de location de vélos et de scooters existent dans les villes touristiques.
Hébergement et conseils aux voyageurs
La région offre de nombreuses possibilités d’hébergement : hôtels de charme dans les Sassi, chambres d’hôtes dans les villages, agritourismes au cœur des parcs, campings sur la côte. Il est conseillé de réserver à l’avance en été et lors des fêtes populaires (Festa della Bruna, Parata dei Turchi). Les restaurants proposent une cuisine authentique à prix abordable ; ne manquez pas les osterie familiales. Enfin, respectez la tranquillité des habitants et les réglementations des parcs (incendies interdits, collecte des déchets, respect de la flore et de la faune).
Liens utiles
- Basilicata Turistica : site officiel du tourisme de la Basilicate (basilicataturistica.it) présentant infos pratiques, événements et hébergements.
- Comune di Matera : matera-basilicata2019.it pour les programmes culturels et les visites guidées.
- Parc national du Pollino : parconazionalepollino.it pour plans de randonnées, activités et hébergements.
- Italia.it : portail national du tourisme en Italie, avec des fiches détaillées sur Matera, Potenza, Venosa, Melfi et les autres communes. Des informations sur les musées et châteaux y sont disponibles.
- Ferrovie Appulo Lucane (FAL) : fal-srl.it pour horaires et tarifs du train Bari–Matera.
A retenir
La Basilicate est une terre à part au sein de l’Italie, méconnue et pourtant riche de trésors. Ses paysages montagneux et côtiers offrent une diversité étonnante, sa capitale culturelle Matera fascine par ses grottes habitées et son charme cinématographique, ses villages médiévaux semblent figés hors du temps. Loin du tourisme de masse, la région préserve un art de vivre authentique et convivial. Les voyageurs en quête de nature préservée, de gastronomie locale et de traditions séculaires y trouveront leur bonheur.
En parcourant les routes sinueuses menant de la vallée de l’Agri aux Dolomiti lucane, en dégustant un verre d’Aglianico del Vulture ou un peperone crusco croustillant, on comprend que la Basilicate est une Italie profonde qui se livre avec générosité. Ce guide vous donnera, nous l’espérons, l’envie de partir à la découverte de cette région aux mille visages, d’explorer ses villages perchés, de vous imprégner de ses festivals et de partager le quotidien de ses habitants. La Lucanie n’est plus seulement une parenthèse de l’histoire, elle est désormais une destination d’avenir pour les amoureux de l’Italie.





