Noël en Italie : spécialités culinaires régionales du 24 et 25 décembre
Noël en Italie est un voyage gastronomique unique à travers vingt régions, chacune fière de ses propres traditions. Du festin de la Vigilia (réveillon du 24 décembre) au grand déjeuner du giorno di Natale (25 décembre), les tables italiennes reflètent la diversité culturelle du pays. Au sud, le dîner du 24 au soir est souvent à base de poisson – un repas « di magro » sans viande – tandis qu’au nord l’accent est plutôt mis sur le copieux déjeuner du 25, souvent au restaurant ou en famille. Partout cependant, on retrouve le même esprit festif fait de partage et de rituels transmis de génération en génération. On décore la maison, on installe la crèche (presepe) et le sapin, et surtout, on cuisine ensemble. Dans de nombreuses familles, les grands-parents et petits-enfants se réunissent dès le matin pour préparer pâtes fraîches et raviolis faits main, un par un, comme le faisaient leurs ancêtres – un véritable rituel vivant où chaque geste compte.
Spaghetti alle vongole, un grand classique du dîner de la Vigilia dans de nombreuses régions du sud de l’Italie. Ce plat de spaghettis aux palourdes résume l’esprit du réveillon « di magro » entièrement dédié aux produits de la mer.
Malgré la mosaïque de coutumes locales, certains incontournables s’invitent sur toutes les tables italiennes. Impossible d’imaginer un Noël en Italie sans un généreux panettone milanais ou un doré pandoro de Vérone, ces brioches gourmandes emblématiques de la fête. Le soir du réveillon, on grignote volontiers du nougat au miel (torrone) et des fruits secs en attendant minuit. Et pour trinquer, chaque région ouvre ses meilleurs vins : un mousseux Prosecco vénitien ou un pétillant Franciacorta lombard pour accompagner le dessert, un vin rouge local pour le plat principal. Après le repas, place aux liqueurs traditionnelles – limoncello de la Côte amalfitaine, mirto de Sardaigne ou grappa du Nord – qui aident à digérer ces festins dignes d’un jour de fête. Dans cet article, nous vous invitons à faire un tour d’Italie des spécialités de Noël, région par région, pour découvrir ce que l’on sert typiquement les 24 et 25 décembre. Des anecdotes historiques aux conseils pratiques, ce voyage gourmand vous donnera sans doute envie de goûter (ou cuisiner) ces mets de fête lors de votre prochain Noël italien !
Vallée d’Aoste
Nichée au cœur des Alpes, la Vallée d’Aoste propose un Noël rustique aux saveurs montagnardes. En entrée, on sert les riches produits du terroir : le fameux lard d’Arnad IGP, aromatisé aux herbes et affiné, découpé en fines tranches et posé sur de la polenta chaude, ou la motzetta de chamois, une charcuterie alpine séchée et épicée. La table de fête fait la part belle aux fromages locaux comme la fontina fondante, que l’on retrouve dans la soupe à la valpellonentze. Ce plat traditionnel du 25 décembre est une soupe gratinée élaborée en couches de pain de seigle, de choux de Milan (verza) et de fontina, le tout arrosé de bouillon de bœuf puis passé au four. Le résultat est un mets roboratif et parfumé à la noix de muscade, parfait pour se réchauffer après la Messe de minuit dans la neige. En plat principal, on déguste souvent un gibier de montagne braisé au vin rouge – la carbonade valdostana, à base de bœuf mijoté dans un vin d’Enfer d’Arvier, est un grand classique de Noël ici. Les chasseurs de la vallée pourront aussi servir un civet de chevreuil ou simplement un rôti de veau aux châtaignes accompagné de polenta crémeuse.
Côté desserts, la Vallée d’Aoste est influencée par la France voisine : on termine le repas avec un onctueux Mont Blanc (purée de marrons à la crème fouettée) ou un mécoulin, le pain brioché local aux raisins secs. Les plus gourmands préparent des tegole, de fines tuiles aux noisettes parfaites avec un café. Pour porter un toast, on choisit un verre de Genepi, la liqueur locale d’armoise, ou un vin blanc mousseux de Morgex. Si vous voyagez dans la région à Noël, ne manquez pas de goûter la soupe à la valpellonentze dans les trattorias d’altitude et de visiter un marché de Noël : vous y trouverez lard d’Arnad et fontina à ramener, pour recréer chez vous un petit Noël valdôtain.
Piémont
Au Piémont, terre de truffes et de grands vins, les repas de Noël sont synonymes d’abondance et d’élégance. Le soir du 24, on respecte souvent la tradition du maigre avec par exemple une bagna cauda – cette fondue d’anchois et d’ail dans laquelle on trempe des légumes – ou des poivrons marinés à l’huile servis avec du thon, héritage de la cuisine de conserve. Mais c’est surtout le déjeuner du 25 décembre qui est sacré dans cette région de Turin à Coni. En entrée, un antipasto misto digne des jours de fête aligne les incontournables : le vitello tonnato (fines tranches de veau froid nappé d’une sauce onctueuse au thon et aux câpres), l’insalata russa maison (macédoine de légumes liée de mayonnaise) et les tomates farcies au thon. Ces hors-d’œuvre rétro, hérités du XIXe siècle, ouvrent l’appétit avant l’arrivée du plat de résistance.
Le Primo piatto traditionnel est ici les agnolotti del plin, de petits raviolis piémontais farcis de viande braisée, servis soit « al burro e salvia » (beurre et sauge) soit nappés du jus de rôti. À Noël, on les sert souvent dans un bouillon de volaille clair, parsemé de parmesan. Ensuite vient le majestueux bollito misto piémontais : un assortiment de viandes bouillies (bœuf, veau, poule, cotechino…) servi avec toute une palette de sauces dont le bagnet verd (sauce verte au persil) et le bagnet ross (sauce tomate aux anchois). Un verre de Barbera ou de Barolo accompagne parfaitement ce plat hivernal. D’autres familles optent pour un brasato al Barolo, un rôti de bœuf longuement mijoté dans le vin rouge local, fondant à souhait. En dessert, on reste dans la tradition piémontaise avec des bignole, petits choux fourrés à la crème pâtissière ou au zabaione, servis à profusion en pyramide sur la table. Bien sûr, panettone ou pandoro sont aussi de la partie avec une crème de mascarpone, mais le Piémont a son délice exclusif pour Noël : le giandulotto, ce chocolat praliné aux noisettes, né à Turin, qui se retrouve dans les paniers gourmands au pied du sapin. En voyage dans le Piémont durant les fêtes, ne manquez pas de faire un tour à la Foire de Noël de Govone (connu comme le village du Père Noël) pour déguster vitello tonnato et agnolotti, ou de visiter les caffè historiques de Turin où l’on sert un excellent zabaione chaud accompagné de gianduiotti.
Lombardie
Le panettone, icône de Noël originaire de Milan en Lombardie, se retrouve aujourd’hui sur toutes les tables italiennes, généralement accompagné d’une crème au mascarpone pour encore plus de gourmandise.
En Lombardie, cœur industriel du nord, on célèbre Noël avec raffinement et un attachement profond aux recettes milanaises. Le dîner du 24 décembre se conforme souvent à la règle du poisson : à Milan et sur les bords du Pô, on préparait autrefois l’anguille. Ce capitone (anguille femelle de grande taille) était traditionnellement rôti au four ou grillé (anguilla ai ferri) et servi arrosé de citron. Pourquoi l’anguille ? Par superstition religieuse : sa forme serpentine symbolisait la défaite de Satan, le Serpent tentateur, vaincu par la venue du Christ. Aujourd’hui, le capitone se fait plus rare en Lombardie, mais on peut encore en trouver fumé ou en gelée sur certaines tables de Vigilia. En alternative, les Lombards optent pour un risotto léger aux fruits de mer ou simplement un plat de perche du Lac Majeur meunière.
Le 25 décembre, place à un généreux repas familial. En entrée, on propose des antipasti di Natale composés de charcuteries fines – le salame di Milano, la bresaola della Valtellina – accompagnées de la douce mostarda de Cremone. Cette spécialité lombarde, à ne pas confondre avec de la moutarde, est un confit de fruits entiers (poires, cédrats, cerises) dans un sirop épicé à l’essence de moutarde, offrant un contraste sucré-piquant idéal avec la viande froide. En primo, deux classiques se disputent la vedette suivant les provinces : au sud de la région, notamment vers Mantoue, on sert les tortelli di zucca – raviolis à la chair de courge légèrement sucrés, assaisonnés de beurre fondu et de sauge – alors qu’au nord (Bergame, Brescia) on préfère les casoncelli alla bergamasca, pâtes farcies de viande et amaretti, servies au beurre et pancetta croustillante. Dans tous les cas, on n’oublie pas d’ajouter du grana padano fraîchement râpé. Le plat principal est souvent un cappone farci (chapon fermier farci de viande et marrons, puis rôti) qui cuit des heures au four et dont on utilise le jus pour parfumer des légumes. Certaines familles milanaises servent aussi un rôti de veau farci aux épinards ou le bollito misto comme chez les voisins piémontais. En Lombardie rurale, on retrouvait parfois sur la table un rôti de dinde ou d’oie, tradition importée d’Angleterre au XIXe siècle. Mais le triomphe du repas arrive au moment du dessert : le panettone trône fièrement au centre de la table, rappelant que ce gâteau moelleux est né à Milan au Moyen Âge. La légende veut qu’il soit le fruit d’une erreur d’un apprenti nommé Toni, d’où le nom pan de Toni (pain de Toni). Il est servi en parts généreuses, nature ou accompagné d’une crème au mascarpone parfumée de liqueur (amaretto ou marsala). Les Lombards alternent parfois avec la sbrisolona mantouane, un gros biscuit sec sablé aux amandes qu’on casse en morceaux. Pour un touriste à Milan pendant Noël, impossible de ne pas goûter au panettone artisanal : des pâtisseries historiques comme Cova ou Marchesi en proposent de somptueux. Et si vous êtes plus salé, rendez-vous aux marchés de Noël de la région (comme à Crémone) pour vous procurer de la mostarda et un morceau de grana padano à rapporter chez vous en souvenir gourmand.
Ligurie
En Ligurie, la mince bande côtière autour de Gênes, la cuisine de Noël marie terre et mer avec originalité. Le soir du 24 décembre, on honore la tradition chrétienne de l’abstinence de viande en préparant par exemple un cappon magro, plat de fête ligure emblématique : il s’agit d’un somptueux mille-feuille de la mer combinant couches de biscuits marinés au vinaigre, de légumes bouillis (betteraves, haricots verts, carottes) et de poissons ou fruits de mer (poisson blanc, crevettes, moules), le tout nappé de sauce verte au basilic. Jadis plat des pêcheurs pauvres utilisant les restes, le cappon magro est devenu un incontournable chic des réveillons génois. On peut aussi trouver à la Vigilia des anchois frits ou des seiches en sauce, simples et savoureux.
Le lendemain, pour le pranzo di Natale, les Ligures passent aux mets plus riches. En premier plat, on déguste les natalini in brodo. Ces natalini sont de longs maccheroni tubulaires spécifiques à Gênes, coupés en biseau, servis dans un bouillon de chapon fumant. On utilise d’ailleurs le chapon pour donner du goût au bouillon, puis la viande du chapon est servie en seconde plat, accommodée d’une sauce aux noix ou de la mostarda sucrée comme en Lombardie. Mais le plat de pâtes roi de Noël ici reste les ravioli « al tocco », généreusement farcis d’un mélange unique : viandes de veau et de porc, abats (cervelle de veau, animelles), herbes aromatiques (bourrache, scarole, maggiorana) et feuilles d’endive. Ces raviolis sont nappés d’une sauce « tocco » qui est un ragoût de viande concentré. C’est un plat laborieux, typiquement préparé en famille la veille. En plat principal, on retrouve souvent le coniglio alla genovese, un lapin mijoté au vin blanc avec des olives taggiasche et des pignons, très apprécié le 25 décembre. Pour finir sur une note sucrée, la Ligurie propose le pandolce génois, un pain-gâteau dense truffé de raisins secs, fruits confits et pignons, parfumé à la fleur d’oranger, qui rappelle un peu le panettone en plus compact. On sert aussi de petits ravioli dolci frits, farcis de confiture ou de pâte de marrons, saupoudrés de sucre. Avec un verre de Sciacchetrà (vin doux des Cinque Terre) ou de limoncello de la Riviera, c’est un vrai bonheur. Conseil voyageur : à Gênes, baladez-vous dans le centre historique à Noël pour déguster du pandolce chez un boulanger traditionnel ou réservez dans une osteria du port un menu de Noël incluant le fameux cappon magro – spectacle visuel et gustatif garanti !
Trentin-Haut-Adige
Dans le Trentin-Haut-Adige, à la frontière de l’Autriche, l’ambiance de Noël est magique avec ses marchés alpins et son mélange de traditions italiennes et germaniques. Le 24 décembre, on commence souvent par un dîner simple après la messe, parfois un goulasch réconfortant ou des canederli in brodo. Les canederli – appelés aussi knödel en allemand du Sud-Tyrol – sont de grosses boulettes de pain rassis, lait, œufs et fromage, agrémentées de lard fumé ou de speck, pochées dans un bouillon de viande. Un bouillon bien chaud aux canederli fait une excellente entrée pour se réchauffer la nuit de Noël, notamment dans les vallées enneigées du Tyrol du Sud. En alternative dans la province de Trente, on sert des casunziei : de beaux raviolis en demi-lune colorés en rose par une farce de betterave rouge et pommes de terre, nappés de beurre fondu au pavot. Ces pâtes originales, originaires des Dolomites, apportent une touche festive au menu.
Le jour de Noël, la cuisine locale met à l’honneur le gibier et les plats robustes. On retrouve fréquemment sur les tables un chèvreuil rôti ou un ragoût de chamois, accompagnés de polenta jaune fumante ou de choux rouges braisés. Un plat typique du Trentin est le gulasch alla trentina, version locale du ragoût hongrois, moins épicée et souvent servie avec de la polenta ou du pain frais. Pour couronner le tout, le dessert emblématique de la région s’impose : le strudel aux pommes tiède, parfumé à la cannelle et aux raisins, héritage direct de l’Empire austro-hongrois. Cependant, sur les tables du Haut-Adige, c’est le zelten qui vole la vedette à Noël. Ce gâteau rustique à base de farine de seigle est enrichi de fruits secs (figues, noix, amandes) et de fruits confits, imbibé d’eau-de-vie – chaque famille a sa recette transmise depuis le Moyen Âge. Le zelten, préparé début décembre, se conserve longtemps et se partage en tranches fines avec un verre de vin doux ou de schnaps maison. Pour l’anecdote, son nom viendrait de l’allemand selten (« rarement »), car on ne le mange qu’en de rares occasions festives. Si vous êtes de passage à Noël à Bolzano ou Merano, perdez-vous dans les marchés de Noël parfumés au vin brûlé et aux épices : vous pourrez y croquer des biscuits au gingembre, acheter un zelten artisanal ou siroter un vin brûlé brûlant en admirant les montagnes enneigées.
Vénétie
La Vénétie offre des traditions de Noël aussi riches que ses canaux de Venise. Réputée pour sa gastronomie aquatique, cette région fait honneur aux produits de la lagune lors du réveillon. Le 24 décembre, les Vénitiens préparent volontiers en antipasto le baccalà mantecato, une morue dessalée longuement écrasée à l’huile d’olive jusqu’à obtenir une crème mousseuse, servie sur des crostini. On trouve aussi les sarde in saor, petits poissons (souvent des sardines) marinés au vinaigre avec oignons et raisins secs – un héritage des marins vénitiens du Moyen Âge. En plat de la Vigilia, on ne jure que par les bigoli aux fruits de mer ou les spaghetti alle vongole. Les bigoli, longues pâtes épaisses typiques de Vénétie, sont souvent servis in salsa (avec sauce aux anchois) ou avec des palourdes. À Vérone, on préfère parfois un risotto de Noël parfumé au vin Amarone ou un risi e bisi (risotto aux petits pois) plus simple. Les familles de pêcheurs de Chioggia préparent un risotto à la corte (à l’anguille) ou un riso co’ le cappe, un rizotto aux palourdes vongole veraci, pour respecter la tradition du poisson.
Le jour de Noël, l’influence de la plaine du Pô se fait sentir avec quelques plats de viande. À la table du 25, on peut retrouver un rôti de porc au lait (maialino al latte) particulièrement fondant, accompagné de radicchio di Treviso grillé, cette chicorée rouge amère qui pousse en Vénétie et se marie bien avec la viande. Mais les stars restent les recettes de morue : le baccalà alla vicentina, emblème de Vicence, où la morue est cuite au four plusieurs heures avec lait, huile et anchois jusqu’à être confite en une crème savoureuse, souvent servie avec de la polenta blanche, figure souvent au menu de Noël. On sert aussi parfois une faraona ripiena (pintade farcie) ou un chapon, mais la Vénétie ayant été sous influence autrichienne, il n’est pas rare de voir un cappone lesso (poule ou chapon bouilli) accompagné de sauces, à la manière du bollito. En dessert, la Vénétie revendique l’un des symboles sucrés de Noël : le pandoro de Vérone, ce gâteau brioché en forme d’étoile à huit branches, à la mie jaune dorée, saupoudré de sucre glace comme la neige. Dans la rivalité bon enfant qui l’oppose au panettone milanais, le pandoro l’emporte souvent sur les tables vénitiennes – « Pandoro tutta la vita! » comme on dit à Vérone. Pour les becs sucrés, il y a aussi les zaeti, petits biscuits vénitiens à la farine de maïs et raisins secs, ou la fregolotta (tarte crumble aux amandes) en fin de repas. Le tout arrosé d’un verre de Prosecco bien frais pour trinquer (la Vénétie étant son berceau) ou d’un doux Recioto si l’on préfère un vin de dessert. En visite à Venise à Noël, ne manquez pas de goûter le baccalà mantecato dans les bacari (bars à cicchetti) de la ville, et faites un tour du côté de Vérone où le musée du Pandoro retrace l’histoire de ce gâteau star des fêtes.
Frioul-Vénétie Julienne
À l’extrême nord-est, le Frioul-Vénétie Julienne propose une table de Noël aux influences slaves et autrichiennes. Le climat y étant rigoureux en hiver, les plats de fête sont riches et réconfortants. Pour commencer le repas du 25 décembre (car au Frioul on célèbre surtout le déjeuner de Natale), on sert volontiers une assiette de brovada e muset. La brovada est un mets insolite du terroir frioulan : des navets longuement fermentés dans la lie de vin, coupés en julienne et cuits en potée. On la sert avec le muset, un cotechino (saucisse à cuire) local. Ce ragoût de navets aigre-doux et de saucisse grasse, accompagné de polenta fumante, est une entrée robuste qui ouvre l’appétit. On trouve aussi parfois un bouillon de capone (chapon) ou une trippa à la frioulane – de la panse de bœuf mijotée dans la sauce tomate avec du fromage – en entrée, spécialité hivernale locale.
En premier plat, les habitants de Trieste et d’ailleurs préparent souvent des gnocchi di patate enrichis de fromage Montasio fondu et de poireaux revenus, un plat onctueux qui tient chaud. La culture mitteleuropéenne se retrouve dans le goulasch frioulan, très populaire comme plat principal de Noël, servi avec de la polenta ou des cialsons (raviolis fourrés aux herbes et raisins, à la saveur sucrée-salée unique). Sur la côte, vers Grado, on cuisine plutôt l’anguilla marinée ou un plateau de fruits de mer pour la Vigilia, mais à l’intérieur des terres c’est la viande qui règne le 25. Le gibier n’est pas en reste : un ragoût de cerf aux baies de genévrier, un rôti de dinde farci de châtaignes ou le classique cappone ripieno peuvent figurer au menu. Pour arroser le tout, les Frioulans choisissent souvent un verre de Refosco (vin rouge local) ou de Pignolo. Enfin, aucun Noël frioulan ne serait complet sans la gubana, le dessert typique de la région. La gubana est une brioche en spirale fourrée d’un mélange somptueux de noix, raisins secs, pignons, cacao et eau-de-vie (souvent de la grappa). On la sert en tranches, parfois nappée d’une sauce chaude à la grappa pour encore plus de gourmandise. Cette pâtisserie née dans les vallées du Natisone symbolise l’abondance des fêtes. Si vous passez par Cividale del Friuli, vous pourrez en acheter de délicieuses chez les pâtissiers locaux. En outre, goûtez aux biscuits pinza et crostoli sur les marchés de Noël de Trieste, tout en dégustant un vin chaud aux accents d’Europe centrale.
Émilie-Romagne
Berceau de la grassa cuisine italienne, l’Émilie-Romagne est fidèle à sa réputation pendant les fêtes avec des plats généreux, surtout centrés autour des pâtes et de la viande. Ici, c’est principalement le repas du 25 décembre qui est le point d’orgue, même si dans certaines familles on fait aussi un beau dîner le 24 (notamment à Ferrare ou à Modène). La tradition émilienne exige qu’en primo piatto de Noël, on serve des pâtes farcies en bouillon. À Bologne et Parme, ce seront les célèbres tortellini in brodo de cappone : de tout petits tortellini garnis d’un mélange de viande de porc, jambon cru, mortadelle et parmesan, servis dans un bouillon de chapon clair et fumant. Dans la partie Romagne (vers Rimini), on prépare plutôt des cappelletti en brodo, proches des tortellini mais un peu plus gros et souvent farcis de fromage frais.
Une assiette de tortellini in brodo, plat incontournable de Noël en Émilie-Romagne (ici à Bologne). Chaque petit tortellino est farci de viande et plongé dans un bouillon de chapon parfumé – un régal aussi traditionnel que réconfortant.
Après la soupe, vient le bollito misto à l’émilienne, tout comme au Piémont et en Lombardie – signe que ces régions partagent certaines habitudes de fêtes. Plusieurs viandes (gîte de bœuf, langue, poule, cotechino…) sont bouillies longuement, puis servies tranchées avec un assortiment de sauces maison : salsa verde (persil, câpres, anchois) indispensable, gelées de viande, moutarde de Crémone, savòr (confiture de moût de raisin aux fruits secs)… Toute la famille se passe les plateaux de viande fumante et les petits bols de sauce, un vrai rituel. À Modène, on ajoute un trait d’aceto balsamico traditionnel sur la viande bouillie pour la sublimer. En accompagnement, des légumes bouillis (carottes, pommes de terre) et polenta grillée complètent le plat. En Romagne, certains remplacent le bollito par une farcia de viande rôtie : lapin farci aux pruneaux, porc roulé aux herbes, voire une anguille en sauce pour ceux qui conservent une touche de Vigilia le jour de Noël.
En dessert, bien sûr on retrouve panettone et pandoro comme partout, mais l’Émilie-Romagne a aussi ses douceurs propres. À Reggio d’Émilie, on prépare le Pane di Natale, un pain d’épices très sombre et brillant, riche en fruits secs, épices et miel, qu’on sert coupé en petits rectangles. À Parme et Plaisance, on fait frire ou cuire au four des tortelli dolci di Natale – de petits chaussons sucrés fourrés d’un mélange de châtaignes, cacao et épices (appelé pesto natalizio) ou d’une confiture. Bologne est connue pour son certosino (aussi appelé panone), un pain d’épices dense au chocolat et aux fruits confits, arrosé de liqueur, dont la recette remonte au Moyen Âge. Enfin, Ferrare sert parfois le panpepato, un cousin proche aux noix et poivre, héritage des ducs d’Este. Vous l’aurez compris, les épices sont reines ici pour Noël ! En fin de repas, un petit verre de nocino (liqueur de noix) ou de lambrusco doux accompagne à merveille ces gâteaux. En visite à Bologne en décembre, songez à réserver une table à la Trattoria Anna Maria ou chez Da Cesari pour savourer de vrais tortellini in brodo traditionnels. Et si vous aimez cuisiner, procurez-vous un rouleau à pâtisserie : de nombreux ateliers proposent d’apprendre à confectionner vos tortellini maison avant les fêtes, pour vivre vous-même ce rituel familial italien.
Toscane
En Toscane, terre de gourmets et d’histoire, Noël se décline entre traditions paysannes et influences aristocratiques. Le dîner du 24 décembre y est parfois plus léger que dans le sud : certaines familles prennent simplement une soupe de poisson ou quelques bruschette et du vin, avant d’aller à la messe de minuit. Sur la côte toscane (vers Livourne ou l’Argentario), la Vigilia peut être l’occasion de servir un caciucco – célèbre soupe de poissons et fruits de mer locale, pimentée et parfumée à l’ail – ou des spaghetti alle vongole. Ailleurs, par exemple dans les campagnes siennoises, on préfère manger maigre avec une zuppa di verdure (soupe aux légumes) ou de simples croûtons à l’huile d’olive nouvelle. Cette simplicité du 24 fait alors ressortir l’opulence du repas du 25 décembre.
Le jour de Noël en Toscane commence souvent par un assortiment d’antipasti rustiques. On sert notamment les fameux crostini toscani : des tranches de pain grillé tartinées d’un pâté de foies de volaille aux câpres et anchois, tiède et onctueux – un must sur toutes les tables toscanes. On trouve aussi des planches de finocchiona (saucisson parfumé au fenouil) et de pecorino local avec de la gelée de vin. En primo, la Toscane rejoint ses voisines d’Émilie et de Romagne avec des pâtes farcies en bouillon. Dans certaines familles, on fait venir de l’Appenin romagnol les cappelletti ou tortellini traditionnels, car ce n’est pas une pâte typique de Toscane même. Sinon, on prépare volontiers des pappardelle al sugo di cinghiale – larges rubans de pâte fraîche nappés d’un ragoût de sanglier, gibier roi des forêts toscanes – ou encore des lasagnes à la florentine (aux épinards et ricotta). Une recette ancienne de la province d’Arezzo est le brodo con il collo ripieno : on prépare un bouillon avec un colis de dinde farci (peau du cou garnie d’une farce de viande, pain, abats et herbes) cuit dedans, ce qui donne un consommé très savoureux ; le cou farci est ensuite servi en tranches en entrée ou le lendemain de Noël. Il faut du temps pour cette recette, mais les familles toscanes aiment ces préparations lentes qui font partie de la fête. Le plat principal est souvent une viande rôtie. L’arrosto misto (rôti mixte) est courant : on fait cuire ensemble différentes viandes – poulet, canard, porc – dans le même plat avec des herbes, des pommes de terre et de l’huile d’olive. Un morceau ressort particulièrement : l’abbacchio (agneau de lait) ou le chevreau rôti que de nombreux Toscans préparent aussi à Noël, pas seulement à Pâques. Dans la campagne, on retrouve volontiers sur la table une faraona ripiena (pintade farcie aux marrons et sauge) ou un canard aux olives. Plus original, certains cuisinent des escargots à la toscane le 25 décembre : mijotés dans une sauce tomate aux herbes, c’est un plat traditionnel dans la région de Lucca pour la période des fêtes. En accompagnement, la panzanella hivernale (salade de pain rassis aux légumes d’hiver) ou les blettes sautées à l’ail peuvent paraître, sans oublier l’incontournable pain toscan sans sel sur la table.
Les desserts toscans de Noël méritent un chapitre entier tant ils sont nombreux et délicieux. Sienne est la capitale des douceurs festives avec le panforte, un gâteau très dense fait de miel, d’amandes entières, de fruits confits et d’épices, dont la recette remonte aux croisades. Chaque bouchée de panforte est un concentré d’histoire (on raconte qu’il servait de paiement en nature aux monastères au XIIIe siècle). Aux côtés du panforte, on trouve les ricciarelli, biscuits moelleux aux amandes en forme de losange, recouverts de sucre glace, et les cavallucci épicés aux noix. À Lucques et Pise, on prépare le befanini, un biscuit sablé coloré au rhum (plutôt pour l’Épiphanie à la Befana, mais on en voit dès Noël). Dans le Mugello, c’est la schiacciata alla fiorentina – une brioche plate à l’orange – qui fait office de gâteau de Noël. Tous ces desserts sont souvent servis avec un petit verre de Vin Santo (vin doux toscan) pour y tremper les biscuits – ou bien un espresso bien serré. En visite en Toscane pendant les fêtes, offrez-vous une dégustation des gâteaux siennois chez Nannini ou dans les pâtisseries historiques de Sienne. Et pour un souvenir original, ramenez un paquet de ricciarelli ou un panforte artisanal : ils se conservent longtemps et prolongeront chez vous la magie d’un Noël toscan.
Ombrie
L’Ombrie, cœur vert de l’Italie, vit Noël dans la pure tradition paysanne, avec des plats rustiques et authentiques, souvent influencés par la proximité de Rome et des Marches. Dès le réveillon du 24, on peut sentir l’odeur des foies de volaille en train de dorer pour garnir des crostini – très semblables à ceux de Toscane – ou celle d’un simple minestrone aux légumes du potager pour se réchauffer avant la messe. Mais c’est surtout le déjeuner du 25 qui mobilise les foyers ombriens. En antipasto, on retrouve les crostini ai fegatini (toasts de pâté de foie) mais aussi des spécialités locales comme les palombacci (petits pigeons rôtis servis froids en tranches fines) ou la coratina (charcuterie de sang de porc aux noix). Dans la région de Norcia, réputée pour sa charcuterie et ses truffes, certains préparent pour Noël des spaghetti alla nursina – des spaghetti à la truffe noire de Norcia, mêlés de crème ou d’œuf, un plat simple mais luxueux grâce au parfum intense de la truffe. D’autres optent pour des agnolotti al sugo (petits raviolis en sauce tomate) ou des pappardelle al cinghiale, la région regorgeant de sangliers. Les plus fortunés serviront peut-être des tagliolini à la truffe blanche de la haute vallée du Tibre, l’un des trésors de l’Ombrie.
En plat principal, on fait la part belle aux viandes grillées ou braisées. Une recette de Noël très appréciée est le piccione ripieno (pigeon farci) rôti au four, en particulier dans la zone de Pérouse. Le pigeon, mariné au vin rouge et farci d’un mélange de viande hachée, de foie, de pain et d’herbes, ressort tendre et juteux, avec une farce riche. À côté, on trouve souvent les costolette d’agnello impanate – côtelettes d’agneau panées et frites, un délice croustillant adoré des enfants comme des grands. Dans certaines familles, surtout vers Terni, on prépare un faisan en salmi (faisan mariné au vin et cuisiné en ragoût) ou un simple ragoût de pintade aux olives. Les légumes d’accompagnement peuvent être des lentilles en sauce tomate avec des saucisses cuites dedans, préfigurant un peu le plat de Nouvel An (lentilles et cotechino) mais déjà présentes à Noël en Ombrie. La table n’est jamais trop garnie ici : on y ajoute parfois des épinards sautés ou une salade de fenouil à l’orange pour la fraîcheur.
Le point d’orgue du repas arrive avec le dessert, et l’Ombrie a aussi ses douceurs spécifiques. Le plus connu est le panpepato di Terni (aussi appelé panpepato d’Ombrie) : un pain de Noël très épicé, mélange de chocolat, poivre, noix, noisettes, amandes, miel et épices, formé en boule et cuit au four. Chaque bouchée est puissante en goût, d’où son nom de « pain poivré ». Il rappelle le panforte siennois, mais en plus corsé. À Foligno et Perugia, on prépare aussi des pinoccate, sortes de nougats durs uniquement à base de sucre cuit et de pignons de pin, présentés en losanges blancs et translucides. Un autre dessert local est la rocciata de Foligno, qui ressemble à un strudel : une pâte fine roulée autour d’une farce de pommes, fruits secs et cacao, le tout cuit et saupoudré de sucre. La rocciata est d’ailleurs très similaire au rocciu bagnato des Marches voisines. Pour accompagner ces desserts, rien de tel qu’un vin santo umbro ou un Sagrantino Passito (vin doux rouge de Montefalco). Lors d’une escapade de Noël en Ombrie, pensez à visiter les marchés de Pérouse ou Spolète : vous y trouverez du panpepato artisanal et d’autres produits locaux (charcuteries de Norcia, lentilles de Castelluccio) parfaits pour un panier gourmand à offrir ou à s’offrir.
Marches
Les Marches, région discrète de l’Adriatique central, cultivent des traditions de Noël bien ancrées, fortement influencées par la ruralité et les saveurs de la ferme. Ici, c’est clairement le repas du 25 décembre qui est lapogée des fêtes (même si la Vigilia est honorée près des côtes avec du poisson). Le repas de Noël marchigien commence souvent par des bouchées robustes : par exemple des brochettes de fromage pecorino et de saucisse de sanglier grillées. Ces petites brochettes, servies chaudes, mettent en appétit et rendent hommage aux produits de montagne de la région (le fromage de fosse, affiné dans des fosses de grès, et le gibier local). On les accompagne volontiers de bruschette à la truffe noire, la région d’Acqualagna étant riche en truffes, ou de légumes marinés à l’huile. Un antipasto frit est aussi courant : on ne peut imaginer un festin dans les Marches sans les célèbres olive all’ascolana – ces olives vertes farcies de viande puis panées et frites, originaires d’Ascoli Piceno. Servies brûlantes et dorées, elles disparaissent en un clin d’œil tant elles sont appréciées de tous.
En plat de résistance, les Marches partagent avec l’Émilie-Romagne voisine l’amour du cappone (chapon). Ce dernier se retrouve de plusieurs façons sur la table du 25 : en brodo d’abord, c’est-à-dire que l’on sert un bouillon de chapon parfumé avec des cappelietti (pâtes farcies) qui font office de primo, tout comme en Romagne. Ensuite, le chapon est également servi rôti comme second plat, découpé et juteux, souvent accompagné d’une sauce aux truffes ou farci aux marrons pour encore plus de saveur. Ainsi, le cappone ouvre et ferme presque le bal du repas de Noël marchigien, preuve de son importance symbolique (depuis la Rome antique, le chapon gras est un mets de fête). D’autres pâtes typiques de la région figurent parfois au menu : les vincisgrassi, sorte de lasagne locale enrichie de béchamel, abats et truffe, qui aurait été créée en l’honneur d’un général autrichien au XIXe siècle. Ou encore les maccheroncini di Campofilone, des pâtes aux œufs très fines servies avec un ragoût mixte, une autre fierté régionale mentionnée souvent à Noël.
Pour conclure sur une touche sucrée, les Marches ont ce qu’on appelle la pizza di Natale – qui n’a de pizza que le nom. Il s’agit d’un pain sucré traditionnellement préparé pour Noël, contenant de zeste d’orange et de citron, des fruits secs (noix, amandes, raisins) et parfois du chocolat. La pâte est levée puis cuite en forme de miche ; on la déguste en fines tranches au dessert, éventuellement accompagnée d’un verre de vino cotto (vin cuit local). Dans certaines familles, on fait plutôt des calcioni di castagne, petits chaussons frits remplis d’une pâte de pois chiches ou de châtaignes sucrée, proches des caggionetti d’Abruzzo. Quoi qu’il en soit, on finit sur du sucré maison souvent accompagné d’un vin de Verdicchio passito ou du Vernaccia di Serrapetrona, un vin rouge pétillant doux produit dans les collines de Macerata, parfait pour les desserts. Si vous voyagez dans les Marches à Noël, rendez-vous à la foire du cappone de Morro d’Alba (début décembre) pour comprendre l’engouement autour de cette volaille, ou assistez à un concert de zampogne (cornemuses) dans les villages – la musique folklorique de Noël y est encore bien vivante, ajoutant une note festive inoubliable à votre expérience culinaire.
Latium
Dans la région du Latium, et en particulier à Rome, Noël est célébré dans la pure tradition romaine, avec quelques touches empruntées aux cuisines voisines. La Vigilia (24 décembre au soir) revêt de l’importance surtout dans les familles d’origine méridionale, mais globalement à Rome aussi on pratique le dîner maigre. Ainsi, le 24 au soir, on retrouve sur les tables latines une profusion de plats de la mer. En vedette, le capitone – l’anguille femelle – est frit ou cuisiné en carpione (marinade vinaigrée) et servi froide, une coutume très populaire dans la capitale. On dit que sa forme serpentiforme en fait un symbole de chance, car on « mange le serpent » c’est-à-dire le mal. Aux côtés du capitone, on voit souvent un fritto misto de légumes (artichauts, courgettes, fleurs de courgette) en beignet, ainsi que des filets de morue frits – la baccalà fritta, absolument incontournable dans les friggitorie de Rome en décembre. On sert aussi des spaghetti agli alici (spaghetti aux anchois, huile et chapelure) ou dans certaines familles un plat typiquement romain : les broccoli in brodo di arzilla, une soupe de brocoli vert au bouillon de raie (poisson appelé arzilla en dialecte). Cette soupe peu coûteuse, à base de poisson de roche, de brocoli et de pâtes, est un classique du réveillon dans les quartiers populaires de Rome. Après le repas du 24, beaucoup se rendent à la messe de minuit au Vatican ou dans leur paroisse, puis, de retour à la maison, partagent un torrone romain dur aux noisettes ou des pangiallo. Le pangiallo de Rome est un petit pain doré (d’où son nom) aux fruits secs, miel et épices, dont la recette remonte à l’époque impériale. On le prépare traditionnellement au solstice d’hiver pour attirer le retour du soleil.
Le lendemain, jour de Noël, les tables du Latium réconcilient abondance et simplicité rustique. En entrée, on voit réapparaître certains fritti (car la friture, les Romains adorent !), comme des suppli al telefono (croquettes de riz à la mozzarella) pour amuser les enfants, ou une insalata di puntarelle. Les puntarelle sont des chicorées catalonia, taillées en filaments croquants, servies en salade avec une sauce aux anchois, typique de l’hiver romain. En primo piatto, beaucoup de Romains ne jurent que par les cappelletti in brodo le 25 décembre. Étonnant pour une ville qui n’a pas la tradition des pâtes farcies ? En réalité, cette coutume a été adoptée à la fin du XIXe siècle sous l’influence des régions voisines (Ombrie, Marches) : on se procure des cappelletti ou tortellini chez un traiteur, ou les plus courageux les font maison, et on les cuit dans un bon bouillon de chapon ou de bœuf. Ce plat réconfortant, agrémenté de parmesan râpé, ouvre idéalement le repas de Noël romain. En alternative, certaines familles préfèrent des fettuccine alla papalina (pâtes aux œufs avec jambon et crème, variante de la carbonara) ou même des lasagnes al forno, plus générales à travers l’Italie.
Le plat principal de Noël dans le Latium est souvent un abbacchio al forno con patate, c’est-à-dire un agneau de lait rôti au four avec des pommes de terre. Ce plat, bien qu’associé aussi à Pâques, est très présent à Noël, en particulier dans les zones rurales autour de Rome où l’agneau de lait est une spécialité (pensons aux collines de la Ciociaria). L’abbacchio, mariné à l’ail, au romarin et aux anchois, ressort doré et savoureux, la viande se détachant toute seule tant elle est fondante. À Rome même, certains optent pour un bollito misto avec ses sauces, comme dans le nord, ou pour un gallina farcita (poule farcie) servie avec de la mostarda sucrée, usage hérité des bourgeois piémontais qui s’étaient installés dans la capitale après 1870. D’autres encore serviront un stracotto al vino (bœuf braisé au vin) ou un rôti de veau à la pancetta. Quoi qu’il en soit, la viande est à l’honneur, souvent accompagnée de broccoletti ripassati (brocoli-rave sauté à l’ail et au piment) ou de chicorée sautée – les légumes verts amers équilibrent bien la richesse de la viande. Pour conclure, Rome et sa région offrent un joli choix de friandises de Noël. On grignote des mostaccioli romani, sortes de biscuits secs au vin cuit, ou des tozzetti (biscotti aux noisettes) trempés dans le vin santo. Mais la vedette est le pangiallo romano, mentionné plus haut, que l’on coupe en tranches pour chaque convive. Parfois, on propose aussi le panpepato (similaire au pangiallo mais avec cacao et poivre) ou les crostoli (bugnes croustillantes) si l’on anticipe le Carnaval ! Bien entendu, panettone et pandoro sont également servis, car même s’ils viennent du nord, ils sont aimés de tous. On termine souvent par un digestif local, par exemple une grappa di Cesanese (raison locale rouge du Latium) ou un centerbe des Abruzzes voisins. Si vous passez Noël à Rome, prévoyez de réserver tôt un restaurant traditionnel du Trastevere ou du ghetto romain pour goûter à ces spécialités, car la ville se remplit de visiteurs en quête d’authenticité. Et pour une expérience unique, allez admirer la grande crèche de la Place Saint-Pierre après le repas : vous y verrez parfois des personnages de la nativité grignoter… un panettone ou trinquer au vin, preuve que même dans l’imaginaire, la gastronomie fait partie intégrante de Noël en Italie !
Abruzzes
Dans les Abruzzes, région des montagnes Apennines et de la mer Adriatique, la période de Noël est empreinte d’un profond respect des coutumes paysannes et pastorales. On dit souvent que dans les villages perchés des Abruzzes, l’hiver et la neige isolaient autrefois les familles, qui trouvaient dans le festin de Noël un moyen de célébrer la fin de l’année et l’espoir du renouveau. Le réveillon du 24 décembre y est généralement sobre mais significatif : beaucoup pratiquent un jeûne partiel jusqu’à l’apparition de la première étoile. Ensuite, on partage des plats de la mer en bord de côte – par exemple une zuppa di pesce alla termolese (soupe de poisson épicée originaire de Termoli, ville côtière du Molise voisin très appréciée dans le sud des Abruzzes) ou des spaghetti con le alici e noci (spaghetti aux anchois et noix), un mets simple et parfumé typique de la Vigilia dans cette région. À l’intérieur des terres, le dîner du 24 peut consister en sept à treize petits plats de légumes, légumineuses et poisson, un nombre symbolique rappelant les traditions catholiques (sept, comme les douleurs de Marie, ou treize comme les apôtres). On y trouve par exemple des pois chiches aux choux, des haricots mijotés, des choux-fleurs en beignet, un peu de baccalà, etc., mais pas de viande.
Le 25 décembre, en revanche, est un feu d’artifice de saveurs qui combine influences côtières, montagnardes et citadines (notamment de la ville de Teramo, réputée pour sa gastronomie). En entrée, on sert souvent des affettati (charcuteries) de montagne – la coppa, le salame aquilano à l’ail rouge de Sulmona – et des fromages de brebis locaux, car les Abruzzes sont une terre de pastoralisme. Puis vient le primo piatto presque obligé : les scripelle ‘mbusse ou le timballo teramano. Les scripelle ‘mbusse sont une spécialité de Teramo : de fines crêpes (scripelle) roulées, parsemées de pecorino, servies inondées de bouillon de poule très chaud – un délice léger et savoureux à la fois. Quant au timballo, c’est une sorte de lasagne élaborée faite de couches de crêpes (plutôt que de pâte) intercalées de sauce tomate, petites boulettes de viande, mozzarella et œuf : un plat riche, réservé aux grandes occasions, dont chaque famille de Teramo a sa version secrète. Il symbolise vraiment le repas de fête dans les Abruzzes. Une alternative plus courante est les maccheroni alla chitarra (pâtes fraîches carrées typiques) servis avec des polpettine (minuscules boulettes de viande) dans la sauce tomate, un plat nommé \ »alla teramana\ » très apprécié à Noël aussi.
En plat principal, les Abruzzes, terre de transhumance, privilégient l’agneau. On prépare par exemple un agnello arrosto cuit au four à bois, parfumé au romarin et à l’ail, accompagné de pommes de terre – un grand classique dominical qui devient incontournable à Noël. Certaines communautés rurales cuisinent aussi du chèvre en ragoût ou du cabri aux herbes. Un autre plat typique est le bollito d’Abbacchio (agneau de lait bouilli) ou de bœuf, servi avec une sauce verte ou une sauce aux câpres, qui rappelle l’influence du Latium voisin. Pour accompagner ces viandes, on trouve souvent des cardons en bouillon (soupe de cardes, sorte de grand artichaut sauvage, cuisiné avec des petites boulettes et des œufs battus en filaments) – c’est le brodo di cardone, très répandu entre Abruzzes et Molise comme potage de Noël. Dans certaines familles, ce potage aux cardons ouvre même le repas, suivi du timballo et de l’agneau, formant ainsi un copieux menu à la triple étape.
Le chapitre des desserts de Noël abruzzais est particulièrement riche. D’abord les caggjunittt (ou cagjonetti) de Teramo : ce sont de petits raviolis sucrés frits, fourrés soit d’un mélange de pois chiches, cacao, cannelle et fruits secs, soit de châtaignes et chocolat. Ils sont ensuite roulés dans le sucre ou arrosés de miel. Ces beignets sont hautement addictifs ! Sur la côte, on trouve aussi des calcionetti à la confiture de raisin. Autre douceur prisée : le parrozzo de Pescara, un gâteau en forme de dôme, préparé avec de la semoule de maïs et de la poudre d’amande, cuit puis enrobé de chocolat noir. Le célèbre poète Gabriele d’Annunzio en était friand et l’a même célébré en poésie lors de sa création dans les années 1920. À côté de cela, on grignote des ferratelle (ou neole), gaufrettes fines cuites dans un moule en fer forgé, souvent parfumées à l’anis, ou encore les pepatelli de Teramo, sortes de croquants aux amandes et au poivre. Toutes ces sucreries se conservent bien, ce qui permet d’en grignoter jusqu’à l’Épiphanie. Pour accompagner, un petit verre de Centerba (liqueur verte très forte aux herbes des Abruzzes) ou de Ratafia (liqueur de cerise acide) est proposé aux adultes. Un conseil aux voyageurs gourmands : visitez les bourgs d’Atri ou de Sulmona avant Noël, vous y trouverez des ateliers familiaux qui vendent caggionetti et parrozzi artisanaux. Et si vous êtes vers Chieti le 24 au soir, ne manquez pas la traditionnelle cabala : dans certaines familles, on sert 13 plats de la Vigilia (7 soupes différentes et 6 autres mets maigres) en souvenir d’une ancienne coutume locale – c’est un véritable marathon gastronomique qui montre à quel point dans les Abruzzes, Noël reste un moment de ferveur et d’abondance malgré la simplicité rurale.
Molise
Souvent méconnu, le Molise – petite région d’Italie du sud – réserve pourtant de belles découvertes culinaires pour les fêtes de Noël. Avec ses montagnes et son littoral adriatique, le Molise combine des traditions marines et terriennes. Ici, pas de grande ville, mais des bourgs où les recettes se transmettent fidèlement. Le soir du 24 décembre, on y respecte scrupuleusement le cenone sans viande, mais de façon plutôt frugale : une soupe de poisson ou des légumes du potager. Le brodetto di pesce à la termolaise (hérité du port voisin de Termoli) peut ouvrir le repas de la Vigilia, tout comme une zuppa di cardi (soupe aux cardons dans un bouillon de dinde) très appréciée. On sert aussi volontiers le baccalà arracanato, une préparation de morue au four typique : le poisson est recouvert d’une chapelure mélangée d’ail, d’huile, d’origan, de raisins secs, de noix et de laurier, puis gratiné. C’est un plat qui parfume délicieusement la maison. En parallèle, les légumes d’hiver sont à l’honneur : choux et brocolis en beignets, ou un simple pancotto (soupe de pain rassis aux herbes) figurent sur la table.
Le repas de Noël du 25 est en revanche opulent pour la région. On commence par un antipasto mêlant terre et mer : un plateau de salumi locaux (comme la sopressata molisana et le capocollo) accompagné de quelques fritures – des crespelle (beignets de pâte levée natures) et des fritelle di cavolfiore (beignets de chou-fleur) sont servies chaudes pour le plaisir de tous. Parfois on trouve aussi des petits calzoni di ricotta frits, sucrés-salés. En premières assiettes, la diversité molisane s’exprime : on peut avoir des maccheroni al cavolfiore (pâtes au chou-fleur sauté à l’huile et piment), ou des spaghetti con le seppie (aux seiches dans leur encre) pour rappeler la mer. Les campagnes proposent la minestra di cardi évoquée plus haut, ou encore des ravioli au potiron importés de la voisine Campanie. Une curiosité locale est la mbussecchia : une soupe de tripes et de légumes, un plat rustique que l’on sert parfois le 25 au matin après la messe (et qui rappelle la tradition de consommer un bouillon de tripes le jour de Noël à Rome également). En tout cas, la table molisane se caractérise par sa variété et son ancrage dans le terroir : chaque convive y trouve son bonheur. En plat principal, les Molisans cuisinent volontiers le maiale (porc), viande star de l’hiver. On prépare un rôti de porc aux herbes ou des saucisses locales grillées au feu de bois, ou bien la trippa con polenta – de la tripe mijotée avec tomate et menthe servie sur une polenta moelleuse, un plat modeste mais délicieux pour qui l’apprécie. Dans les zones pastorales, l’agneau rôti ou le chevreau apparaissent aussi comme ailleurs. Cependant, la vraie fête vient avec les desserts. On termine traditionnellement le repas par une montagne de cicerchiata. La cicerchiata, apparentée aux struffoli napolitains, est un assemblage de minuscules boules de pâte frites et liées au miel, formant une couronne croquante – on la coupe en morceaux à la main pour la déguster. On trouve également le mystérieux Milk Pan, un pain brioché au lait fortement alcoolisé (chaque famille a sa liqueur secrète pour l’imbiber, souvent de l’anisette), très sucré et un peu \ »tape-cul\ » mais incontournable sur les tables de Campobasso. D’autres friandises typiques aux noms chantants complètent le tableau : les piccelatielli et ciaunèlle (dialecte local pour des petits biscuits ou tartelettes garnies, souvent de raisin ou de cerises), et les caragnole ou chinuille – sortes de roses de pâte frites enroulées, arrosées de miel et de vin cuit. Ces appellations varient selon les villages, mais témoignent d’une créativité sucrée étonnante pour une si petite région. Le repas se conclut par un café serré et un verre de Mistrà, liqueur sèche à l’anis, ou de Laurino (liqueur de baies de laurier). Si vous passez par le Molise durant les fêtes, ne ratez pas le charmant village d’Agnone lors de la Ndocciata (procession de torches géantes le 24 décembre) : au-delà du spectacle, vous pourrez y goûter cicerchiata et calzoni à la ricotta offerts par les habitants fiers de partager leurs traditions culinaires avec les visiteurs.
Campanie
En Campanie, patrie de Naples, Noël est vécu avec une ferveur quasi sacrée – et cela se reflète dans l’importance des repas. L’adage local dit \ »Natale con i tuoi\ », Noël se fête impérativement en famille, et malheur à celui qui oserait manquer le rassemblement sous le même toit le soir du 24. Ce dîner de la Vigilia napolitain est sans doute l’un des plus élaborés d’Italie, un véritable marathon gastronomique qui s’étire sur des heures et des heures. La règle d’or : pas de viande, uniquement du poisson et des légumes, mais en une multitude de préparations gourmandes.
Tout commence généralement par la pizza di scarola, l’indétrônable tourte de scarole typique de Naples. Dès fin novembre, les boulangeries en proposent et chaque ménage en prépare pour les fêtes. Cette tourte fine à la pâte à pain renferme une farce de scarole (une sorte de chicorée), pignons, raisins secs, olives et parfois anchois – un équilibre exquis entre sucré, salé et amer, qui se déguste autant en antipasto qu’au petit déjeuner du lendemain ! Vient ensuite le primo piatto par excellence de la Vigilia : les spaghetti \ »alle vongole\ ». À Naples on prononce spaghetti a vongole (sans \ »lle\ »), signe d’authenticité locale. Préparés avec de l’ail, de l’huile d’olive, du persil et une pointe de tomate pour colorer légèrement la sauce, ils mettent tout le monde d’accord – même la tante la plus pointilleuse se ressert volontiers de ce plat simple et convivial. Suit le \ »deuxième frit\ » comme on dit en dialecte, c’est-à-dire l’incontournable duo de fritures : d’une part le capitone frit (morceaux d’anguille enrobés de farine et plongés dans l’huile bouillante), d’autre part le baccalà frit (beignets de morue dessalée) – on appelle ça \ »doje fritture\ » en napolitain. Ces deux mets sont servis chauds, croustillants et dorés, souvent accompagnés de insalata di rinforzo. L’insalata di rinforzo est une salade froide de chou-fleur mariné au vinaigre, mêlé de petits légumes en pickles, d’olives vertes et de piments doux, que l’on prépare quelques jours avant Noël et qu’on \ »renforce\ » (c’est-à-dire ravive avec du vinaigre et des légumes frais) chaque jour jusqu’au Nouvel An. Elle accompagne le capitone et le baccalà frit pour apporter du croquant et de l’acidité dans ce repas très riche. Certains ajoutent encore des soutiens au banquet : des crevettes grillées, une salade de fruits de mer, ou des anguilles al verde (anguilles en ragoût de persil) pour varier. Struffoli napoletani, la montagne de petites boulettes de pâte frites enrobées de miel et décorées de fruits confits, est le dessert festif par excellence à Naples. Il se partage en famille pendant toute la période des fêtes, de Noël à l’Épiphanie.
Au moment du dessert, la Campanie déploie un véritable arsenal de douceurs traditionnelles. En premier lieu arrivent les struffoli – ces minuscules billes de pâte frites, collées ensemble par du miel pour former une pyramide ou une couronne, puis décorées de confettis multicolores et de cerises confites. C’est coloré, ludique et délicieux, chaque convive pique dedans avec les doigts. On sert également les roccocò, biscuits durs en forme de couronne à base d’amandes et d’agrumes, parfumés à la cannelle et au poivre, qu’on trempe idéalement dans un verre de vin doux. À côté, les mustacciuoli (mostaccioli) sont d’autres biscuits napolitains de Noël, en losanges, aromatisés au pisto (mélange d’épices napolitain) et glacés de chocolat. Les susamielli, en forme de S, contiennent amandes et miel et se marient au café. Sans oublier les zeppole di Natale (différentes de celles de la Saint Joseph) qui sont ici des beignets de pâte à chou au miel, et les paste reali (petites pâtisseries d’amande). Le tout s’accompagne de liqueurs maison : limoncello de Sorrente, nocillo (liqueur de noix vertes) ou un pétillant Asprinio d’Aversa. Après ce festin, la tradition veut que l’on fasse une partie de tombola (loto napolitain) en famille en grignotant fruits secs et mandarines, la panse bien remplie et le cœur heureux.
Le 25 décembre à Naples, on remet ça mais différemment. On se lève tard, on grignote peut-être un struffolo ou un roccocò au petit-déjeuner avec le café. Puis le déjeuner du jour de Noël, plus tardif, commence souvent par la minestra maritata ou \ »menestra ‘mmaretata\ » en dialecte. Cette « soupe mariée » marie en effet les légumes verts et la viande dans un bouillon parfumé. On y trouve des herbes et légumes de saison (chou frisé, scarole, bette, pissenlit cultivé appelé ‘ndurata, etc.) cuits dans un riche bouillon de volaille et de bœuf, avec des morceaux de viande, parfois des boulettes et de la saucisse. C’est un plat ancien et roboratif, qu’on sert saupoudré de parmesan, idéal pour « se remettre » du festin de la veille. Ensuite, tradition napolitaine oblige, vient un plat de pâte al forno – littéralement \ »au four\ » – qui varie selon les maisons. Chez les uns, ce sera une lasagna napolitaine garnie de ricotta, petites boulettes, œufs durs et provola ; chez d’autres, un sartù di riso, ce somptueux timbale de riz farci de ragù, petits pois, boulettes et fromage, véritable monument de la cuisine partenopeo ; ou plus modestement une pasta al forno courte (de type maccheroni zigrinati) mêlée de sauce tomate, mozzarella filante, parmigiano, petits pois et œuf, puis gratinée. Quoi qu’il en soit, c’est un plat généreux qui réunit tout le monde autour de la table pour un bon moment – les discussions passionnées peuvent durer plus longtemps que le temps de finir son assiette. On poursuit avec un secondo plus léger (après tout cela !) : souvent un ragoût de viande restant du ragoût utilisé dans la pasta al forno, ou un peu de galantine (terrine de volaille farcie truffée, servie froide en tranches) pour ceux qui en ont commandé chez leur traiteur. Parfois, on fait l’impasse sur le secondo tant on a mangé de pâtes. La dolcezza finale consiste… à remettre sur la table tous les gâteaux de la veille ! Eh oui, struffoli, roccocò, mustaccioli et co retournent au centre, accompagnés en plus de torrone dei Morti (un nougat mou au chocolat et aux noisettes qu’on fait généralement pour la Toussaint mais qu’on retrouve souvent jusqu’à Noël) et de frutta secca (noix, noisettes, figues sèches, dattes). On grignote, on papote, on boit un espresso, un digestif, et on souhaite un « Buon Natale » un peu flou en fin d’après-midi.
Passer Noël en Campanie est une expérience inoubliable pour tout gourmand. Si vous en avez l’occasion, allez faire un tour dans les Quartiers Espagnols de Naples fin décembre : vous y verrez les balcons décorés, les odeurs de friture de capitone dans les ruelles le 24 au soir, et peut-être serez-vous invité par quelque Napolitain jovial à trinquer un verre de limoncello fait maison. Et surtout, ne manquez pas de ramener des struffoli ou des roccocò – les pâtisseries locales vendent des plateaux assortis pour quelques euros – afin de prolonger un peu la magie napolitaine sur votre table du réveillon français.
Calabre
En Calabre, à l’extrême sud de la botte, Noël revêt un caractère à la fois mystique et joyeusement excessif. Ici, la Vigilia du 24 décembre est célébrée avec autant (sinon plus) d’importance que le jour de Noël lui-même. Le dîner du 24 est parfois composé traditionnellement de neuf plats différents, en référence aux neuf mois de grossesse de la Vierge Marie, ou même de treize plats chez certains, symbolisant Jésus et les douze apôtres. C’est dire l’ampleur du festin ! Naturellement, ces plats sont sans viande, mais la créativité calabraise sait les rendre mémorables. Parmi les « must » du réveillon calabrais figurent les spaghetti con alici e mollica : des spaghetti assaisonnés d’anchois fondus dans l’huile d’olive et de chapelure de pain grillée, le tout relevé d’une pointe de piment rouge. Ce plat à l’apparence modeste est un concentré des saveurs calabraises : la force de l’anchois salé, la chaleur du peperoncino, le croquant de la mie de pain – un vrai délice qu’on retrouve dans presque toute la Calabre pour la Vigilia. On trouve aussi souvent une insalata di stoccafisso (salade de stockfish dessalé émietté avec olives, oignons rouges de Tropea et piments crus) ou du baccalà frit en beignets. Les légumes ne manquent pas : chou-fleur frit en pâtes, brocolis rabe sautés à l’huile et ail, ou la classique scarola fagioli (soupe de scarole et haricots) peuvent faire partie des neuf plats.
Le 25 décembre, les Calabrais, libérés de l’abstinence de viande, sortent les trésors de leur terroir. En antipasti, ce sont les charcuteries locales qui ouvrent le bal : la ‘nduja (célèbre saucisse-pâté ultra-pimentée) est bien sûr proposée sur du pain grillé, aux côtés du capicollo, de la pancetta roulée, de la soppressata et du pecorino de montagne. Après ces hors-d’œuvre costauds (et un petit verre de vin rouge de Cirò pour piquer l’appétit), on passe à un primo souvent riche : cela peut être les mêmes spaghetti aux anchois et à la chapelure qu’on apprécie tant qu’on les refait le 25 pour ceux qui n’étaient pas là la veille, ou bien des maccarruni (pâtes maison enroulées autour d’une aiguille à tricoter) avec une sauce tomate à la chèvre, ou même des lagane e cicciari (pâtes larges et pois chiches) pour rappeler les plats anciens. Dans certaines zones de Calabre, un plat de pâtes très particulier se prépare à Noël : les \ »scillatelle\ » – de gros fusilli faits main – avec une sauce aux abats de chèvre ou de porc, plat rustique que peu de jeunes connaissent encore.
En second plat, la Calabre propose soit du poisson, soit de la viande selon la localisation. Sur la côte tyrrhénienne, notamment vers le détroit de Messine, on aime servir le pesce stocco di Mammola (du cabillaud séché cuisiné en ragoût avec tomates, olives et pommes de terre) ou un morue au four à la calabraise avec oignons et poivrons, car le stoccafisso est un ingrédient fétiche en Calabre. Ailleurs, c’est l’agneau ou le chevreau rôti qui l’emporte, ou le capretto alla brace (chevreau grillé à la cheminée) accompagné de brocoli-rave sautés. Un dicton dit qu’en Calabre « Noël avec le chevreau, Pâques avec l’agneau ». Également très apprécié est le baccalà alla cosentina, plat de morue, pommes de terre et poivrons doux typique de Cosenza – il peut se retrouver sur la table du 25. Quoi qu’il arrive, il y a toujours trop à manger… mais c’est voulu, car la tradition veut qu’on partage aussi avec les voisins et les visiteurs.
Les desserts calabrais de Noël constituent un univers à part entière, avec une multitude de petites douceurs, souvent frites et trempées dans le miel. Parmi les plus emblématiques : la pitta ‘mpigliata (ou pitta ‘nchiusa), une pâtisserie originaire de San Giovanni in Fiore, faite de roses de pâte fines enroulées autour d’une farce de raisins secs, noix, épices et vin cuit, cuite au four – visuellement superbe et délicieuse. On la coupe en tranches ou on détache pétale par pétale. Il y a aussi les turdilli (ou cannariculli), de petits gnocchi de pâte au vin frits puis enrobés de miel, souvent décorés de perles multicolores. Très proches de la cicerchiata, ils se mangent sans faim. Autre délice : les crocette di fichi (croix de figues sèches farcies de noix, aromatisées à la cannelle et zeste d’orange, puis passées au four). Ces crocette, souvent confectionnées par paires de figues formant une croix, combinent le fondant du fruit et le croquant de la noix, c’est un concentré d’arômes méditerranéens. Citons encore la cicirata, très similaire à la cicerchiata du Molise, ou les nefropite (beignets en nœuds) dans le sud de la région. Pour digérer le tout, on propose un petit verre d’amaro del Capo (liqueur d’herbes locale) ou de liqueur de bergamote, agrume emblématique de Reggio. Vous l’aurez compris, en Calabre la générosité est de mise : on cuisine beaucoup, mais on partage tout autant. Si vous visitez un village calabrais à Noël, attendez-vous à repartir les bras chargés de paquets de gâteaux maison offerts par vos hôtes ! Et ne manquez pas, si vous êtes à Reggio Calabria, de goûter la cuzzupa (grosse brioche sucrée) de Noël chez une boulangerie traditionnelle – de quoi finir votre tour de Calabre sur une note sucrée inoubliable.
Sicile
La Sicile, île aux mille influences culturelles, célèbre Noël avec faste et un incroyable éventail de plats traditionnels, tant sucrés que salés. Ici, la Vigilia du 24 décembre est célébrée mais sans excès de rituels – contrairement au 25 où la table expose de spécialités locales. Chose notable : en Sicile, on n’est pas très friand des soupes ou bouillons pour les fêtes. \ »Brodini e minestre a Natale? Roba da malati!\ » plaisante-t-on : les potages sont vus comme de la nourriture d’hôpital, indignes d’une table festive. On leur préfère des plats secs, consistants et souvent très élaborés.
Le soir du 24, dans l’ouest de l’île, on démarre généralement par des crispieddi (ou crispelle) « c’anciova », littéralement beignets à l’anchois. Ces beignets de pâte levée, longs et moelleux, renferment parfois un petit morceau d’anchois ou de ricotta, et se mangent brûlants à l’apéritif – un vrai piège tant c’est bon. Ensuite, certaines familles servent une pasta con le sarde (pâtes aux sardines, fenouil sauvage, raisins secs et pignons) en version simplifiée sans safran pour la Vigilia, ou bien le classique spaghetti aglio e olio pour rester léger. D’autres font frire du baccalà en pastella, comme ailleurs en Italie, ou le capone (nom local du lampuga, un poisson) pané et frit.
Le jour de Noël, la cuisine sicilienne déploie toute sa richesse. En entrée on continue souvent avec des beignets, mais cette fois ce sont les crispelle di riso sucrées (beignets de riz à l’orange et miel) ou des feuilletés au fromage. En primo, deux grands classiques se distinguent. D’abord la pasta ‘nciacata, spécialité de Messine – il s’agit d’un gratin de pâtes particulièrement gourmand, mêlant maccheroni, ragoût de viande, tranches d’aubergine frites, œufs durs et fromage caciocavallo en abondance. Ce plat très complet se fait gratiner jusqu’à former une croûte dorée : un régal qui tient bien au corps et réchauffe en décembre. Ensuite, plus spectaculaire encore, le ripiddu nivicatu de Catane, littéralement le \ »petit volcan enneigé\ ». C’est un plat de riz (souvent du riz noir à l’encre de seiche) présenté en forme de monticule pour figurer l’Etna, surmonté de ricotta fraîche blanchâtre simulant la neige, et nappé d’une sauce tomate pimentée figurant la lave en éruption – un plat aussi beau que bon, original pour un Noël et cher au cœur des Catanais. Ne l’appelez surtout pas \ »risotto à l’encre de seiche\ » : c’est une création bien plus poétique et locale ! À côté de ces nouveautés du XXe siècle, on trouve aussi des recettes anciennes comme les anelletti al forno de Palerme, timbale de pâtes en anneaux typique des fêtes, ou des raviolis à la ricotta sucrée servis en primo dans certaines zones rurales (oui, sucrés, parsemés de cacao et de cannelle sur un bouillon de poule – une survivance médiévale).
En plat principal, la Sicile honore la viande malgré une tradition majoritairement maritime. Le plus emblématique est le falsomagro, littéralement le \ »faux maigre\ ». C’est un grand roulé de bœuf (ou de veau) farci d’un mélange diablement riche : viande hachée, saucisse, chapelure, œuf, persil, caciocavallo, parfois mortadelle ou pancetta – chaque boucher a sa recette. Le tout est ficelé et mijoté dans la sauce tomate. Une fois tranché, on voit la belle spirale de farce au centre : un délice bien gras (d’où le nom ironique) servi avec sa sauce. On sert aussi couramment le capretto al forno (chevreau rôti) notamment à l’intérieur des terres, ou la salsiccia al ceppo (grosse saucisse cuite sur braise de bois d’olivier). Sur la côte, certains ne jurent que par le poisson farci : \ »pisci ‘ni culo\ » de Messine (espadon farci roulé) ou orata al forno en croûte de sel pour les palais délicats.
Évoquer les desserts de Noël siciliens, c’est ouvrir une boîte de Pandore sucrée tant ils sont nombreux et somptueux. Tout d’abord, la Sicile perpétue pour Noël une tradition de desserts collectifs héritée peut-être d’Orient : on réalise un plateau avec douze variétés de desserts pour symboliser les douze apôtres (certains l’expliquent ainsi du moins). On y trouve immanquablement les buccellati et buccellatini, petits biscuits fourrés d’une pâte de figues sèches, amandes, agrumes confits et épices, glacés au sucre – un pur bonheur moelleux. Les cobaita (ou cubbaita) sont des nougats croquants au sésame et miel, d’origine arabe, très populaires durant les fêtes. Les nucatoli sont d’autres biscuits en forme de S fourrés de noix et figues. Les mustazzola (mostaccioli) siciliens n’ont rien à voir avec les napolitains du même nom : ici ce sont des biscuits secs au vin cuit et épices, souvent décorés d’un clou de girofle. On sert aussi les sfinci : à Noël, dans certaines localités, on prépare des sfince (grosses fritelles) garnies de crème pâtissière ou de ricotta sucrée, un avant-goût des fameuses sfince di San Giuseppe de mars. À Palerme, on ne conçoit pas Noël sans la cassatella (petite cassata individuelle) ou même la grande cassata siciliana traditionnelle – ce gâteau à base de ricotta, génoise, pâte d’amande et fruits confits, habituellement associé à Pâques, se retrouve désormais aussi sur les tables de Noël en raison de sa popularité. Enfin, unique à la région de Trapani, on a le couscous dolce : un couscous de semoule sucré mélangé d’amandes, pistaches, chocolat et cannelle, preuve de l’héritage maghrébin de l’île même dans les desserts. Avec tout cela, inutile de préciser qu’on boit du Marsala doux, du Passito di Pantelleria ou du Zibibbo pour arroser, selon la spécialité du coin.
En Sicile, on aime dire que \ »Epifania tutte le feste si porta via\ » (l’Épiphanie emporte toutes les fêtes) : jusqu’au 6 janvier, on continue donc à savourer ces douceurs. Si vous avez la chance de séjourner en Sicile à Noël, essayez de faire un tour du côté d’un village de l’arrière-pays le 24 au soir : vous pourriez assister à une Novena (sérénade de chants de Noël en dialecte) autour d’un feu de joie, en dégustant des crispelle chaudes offertes par les habitants. Et bien sûr, un passage par une pasticceria renommée (comme la Antica Focacceria San Francesco à Palerme ou Pasticceria Irrera à Messine) vous permettra de goûter à la cassata et aux cannoli, parce qu’après tout, Noël ou pas, un voyage en Sicile n’est jamais complet sans ces incontournables de la pâtisserie locale !
Sardaigne
Pour finir en beauté ce tour d’Italie, cap sur la Sardaigne, île fière de ses traditions agro-pastorales et maritimes. Noël en Sardaigne, c’est un mélange de saveurs de la terra e mari (terre et mer), car l’île a une double âme : bergers à l’intérieur, pêcheurs sur les côtes. Le résultat ? Une table de fête où se côtoient charcuteries de montagne et produits de la mer dans un équilibre savoureux. En entrée du repas de Noël, on dresse toujours un plateau de salumi sardi : le succulent prosciutto di cinghiale (jambon de sanglier), le mustela (filet mignon séché), la coppa, etc., avec du pecorino sardo affiné et des olives. Mais on y ajoute aussi des spécialités marines uniques à l’île : les \ »iscabècci\ » (ou scapece) – de petits poissons (souvent des rougets ou des sardines) panés et frits, puis marinés dans du vinaigre avec ail et tomate. On sert aussi les orzìadas, un mets surprenant composé d’anémones de mer panées et frites, croquantes et iodées, relevées de jus de citron et de poivre. Ces délices de la mer, rares ailleurs en Italie, font la fierté des Sardes.
En premier plat, la Sardaigne a deux stars à proposer pour Noël. D’une part, les culurgiones de casu : de grands raviolis cousus à la main en forme d’épi, farcis de fromage pecorino frais, de pommes de terre, menthe et ail. Ils sont nappés d’une sauce tomate simple et de pecorino râpé – un plat emblématique de l’Ogliastra qui figure sur les tables de fête insulaires. D’autre part, les malloreddus alla campidanese, plus connus comme \ »gnocchetti sardi\ » : de petites pâtes en forme de coquillage strié, servies avec une sauce tomate à la saucisse et au fenouil, recouverts de pecorino. Ces malloreddus, bien que plats de tous les jours, deviennent festifs lorsqu’ils sont préparés avec la meilleure saucisse maison et du safran du terroir. À Noël, dans certaines zones côtières, on propose aussi un primo de la mer, par exemple des spaghetti aux oursins (linguine ai ricci) ou une fregula con arselle – la fregula étant une semoule de blé dur en billes cuite comme un risotto, ici avec des palourdes : un régal authentique pour varier les plaisirs.
Le plat de résistance sarde, lui, ne connaît pas d’hésitation : c’est le porceddu (ou porcheddu) qui règne en maître. Le porcelet de lait rôti entier à la broche sur feu de bois, aromatisé au myrte, est le roi absolu des banquets sardes, et Noël ne fait pas exception. On le cuit lentement jusqu’à ce que la peau soit croustillante et la chair fondante, puis on le sert sur un lit de branches de myrte dont le parfum imprègne la viande. C’est plus qu’un plat, c’est un symbole de convivialité. À côté du porceddu, on trouve parfois de l’agnello arrosto (agneau rôti) ou du capretto, ainsi que d’autres délices locaux comme l’anguille grillée ou les seppie ripiene (seiches farcies au four) près des zones lagunaires. Mais honnêtement, quand un porceddu trône sur la table, tout le reste devient secondaire ! En accompagnement, on sert le pane carasau (fameuse feuille de pain craquante sarde) et des pommes de terre cuites dans la graisse du cochon – pure gourmandise.
Pour le dessert, la Sardaigne possède aussi un patrimoine sucré bien spécifique. Un des plus connus est les pabassinas (ou papassini) : ce sont de tendres biscuits rectangulaires à base de saindoux ou beurre, garnis de raisins secs (pabassa en sarde signifie raisin sec), de fruits secs hachés, de zeste d’orange, d’anis et nappés d’un glaçage blanc au sucre. Ils se font à la Toussaint et à Noël et chaque famille a sa variante. On a aussi les gueffus (petites boules de pâte d’amande enrobées de sucre), les amaretti sardi moelleux aux amandes amères, et les pirichittus, choux glacés au sucre. Sans oublier la délicieuse seadas (ou sebadas) : une grande raviole fine fourrée de fromage de brebis frais et de zeste de citron, frite et arrosée de miel – servie chaude, c’est un dessert-fromage irrésistible toute l’année, y compris à Noël. Un vin de muscat local, tel le Moscato di Tempio ou le Malvasia di Bosa, accompagne parfaitement ces douceurs.
En Sardaigne, la tradition veut que la nuit de Noël on allume un feu de joie (le fuoco di Natale) sur les places, et que les jeunes fassent le tour des maisons en chantant des chants sacrés (sa Candelaria). Les habitants offrent alors du vin, des noix et des gâteaux aux chanteurs – un peu comme des chants door-to-door. Si vous êtes en Barbagia ou en Gallura pour Noël, vous pourriez être invité à partager un verre de mirto (liqueur de myrte) ou de filu ‘e ferru (eau-de-vie locale) autour du feu, en dégustant du pane carasau grillé et du pecorino fondu. Une immersion dans la culture sarde qui vous laissera des souvenirs aussi chaleureux que leurs braises de chêne vert.
Ce tour d’Italie gastronomique de Noël révèle l’incroyable richesse et diversité des traditions culinaires régionales. Des montagnes valdôtaines aux plaines siciliennes, chaque terroir a su adapter le repas de la Nativité à ses produits, son histoire et sa culture, offrant une mosaïque de saveurs unique au monde. Que vous soyez touriste en quête d’authenticité ou fin gourmet désireux de recréer ces plats chez vous, vous aurez l’embarras du choix. N’hésitez pas à pousser la porte d’une trattoria familiale un soir de fête, ou à flâner dans les marchés de Noël italiens pour goûter aux spécialités décrites ici – nul doute que vous serez accueillis comme un membre de la famille, surtout en cette période où l’hospitalité et le partage sont rois. Buon Natale e buon appetito à travers toute l’Italie !








