Culture et Traditions

Le Bicerin de Turin : boisson mythique du Piémont entre histoire et gourmandise

Imaginez-vous à Turin, par un matin frais d’automne, poussant la porte en bois d’un café centenaire. L’ambiance est feutrée, les murs recouverts de boiseries et de miroirs reflètent la lueur dorée des lampes. On vous sert alors un petit verre sans anse, translucide, révélant trois couches distinctes – une base onctueuse de chocolat chaud, un cœur d’expresso corsé, et un nuage de crème douce au sommet. Bienvenue dans le monde du bicerin, la boisson légendaire du Piémont. Cette spécialité turinoise, dont le nom signifie « petit verre » en dialecte piémontais, est un véritable trésor gourmand local. À la fois riche et réconfortant, le bicerin unit en un seul verre la puissance du café italien, la douceur du chocolat et la volupté de la crème fouettée.

Plus qu’un simple café amélioré, le bicerin est un rite. On ne le remue surtout pas, afin de savourer chaque couche tour à tour : d’abord la fraîcheur légère de la crème, puis l’amertume du café mêlée au velouté sucré du chocolat. Depuis plus de deux siècles et demi, cette boisson réchauffe les cœurs des Turinois et des voyageurs de passage, devenant l’un des symboles culturels et culinaires de Turin. Dans cet article, nous vous invitons à un voyage dans le temps et l’espace pour tout savoir sur le bicerin : son histoire fascinantesa recette traditionnelleson rôle dans la culture piémontaise, les anecdotes de personnages célèbres qui l’ont adoré, ses cousins comme le marocchino ou le cappuccino, les meilleurs endroits où le déguster à Turin – notamment le fameux Caffè Al Bicerin, né en 1763 – ainsi que des conseils pour le préparer chez vous. Enfin, nous verrons comment intégrer le bicerin à un itinéraire touristique gourmand à travers la capitale du Piémont. Préparez-vous à savourer chaque goutte de cette boisson d’exception, véritable madeleine de Proust turinoise pour les amateurs de café, de chocolat et d’histoire.

Histoire et origine du bicerin

Le bicerin puise ses origines dans le Turin du XVIII^e siècle. À cette époque, la ville – déjà réputée pour son chocolat – voit naître une boisson appelée bavareisa. Servie dans de grands verres ronds, la bavareisa est un mélange de café, de chocolat, de lait et de sirop, présenté en trois carafes distinctes que l’on combinait dans sa tasse. C’était une boisson prisée de l’aristocratie et de la bourgeoisie piémontaises, consommée lors du petit-déjeuner ou de la merenda (collation). Son nom évoque vraisemblablement la Bavière, bien que son cœur soit purement turinois.

C’est en 1763, en plein cœur du quartier du Consolata à Turin, qu’un certain Giuseppe Dentis ouvre un petit établissement modeste face au sanctuaire de la Consolata. Ce café-confiserie, initialement appelé Confetteria dei Fiore puis plus tard Caffè Al Bicerin, est le berceau de la boisson. Dentis et ses successeurs vont affiner la bavareisa pour en faire le bicerin tel qu’on le connaît aujourd’hui. Plutôt qu’une invention radicale, le bicerin est l’évolution naturelle de cette boisson du XVIII^e siècle : on passe de la présentation séparée à un mélange servi directement en un seul petit verre transparent, sans anse, qui permet d’admirer les couches superposées.

Dès le début du XIX^e siècle, le bicerin est proposé en trois variantes pour satisfaire tous les palais. D’après les archives, on pouvait commander : le “pur e fiur” (littéralement « crème et fleur de lait » en piémontais), proche de l’actuel cappuccino avec beaucoup de lait/crème et un peu de café ; le “pur e barba”, littéralement « crème et barbe », comprenant du café et du chocolat (sans lait) ; et le “‘n poc ’d tut”, c’est-à-dire « un peu de tout », combinant café, chocolat et crème. C’est cette troisième version complète – l’équilibre parfait des trois ingrédients – qui remporte la préférence générale. Au fil du temps, les autres déclinaisons tombent dans l’oubli, tandis que “un bicerin” en vient à désigner automatiquement ce trio café-chocolat-crème qui conquiert tous les Turinois.

Le succès du bicerin est foudroyant. La boisson s’impose rapidement comme un symbole de Turin, au point que le café de Dentis finit lui-même par prendre le nom de Caffè Al Bicerin, tant la spécialité a fait sa renommée. D’autres cafés historiques de la ville commencent à servir leur propre bicerin pour satisfaire la demande d’une clientèle conquise. Déjà à l’époque napoléonienne et durant la Restauration, déguster un bicerin fait partie des habitudes locales pour se réchauffer et se délecter d’une douceur énergisante.

Le bicerin gagne même une dimension officielle : en 2001, la Région Piémont l’a reconnu comme boisson traditionnelle piémontaise dans son bulletin officiel, le consacrant comme patrimoine immatériel local. Preuve que cette douceur née sous l’Ancien Régime a traversé les siècles sans rien perdre de son attrait. Aujourd’hui encore, évoquer le bicerin transporte les Turinois dans un voyage gustatif et historique, à l’époque où les carrosses résonnaient sur les pavés de la capitale savoyarde.

Ingrédients et recette traditionnelle

Quels sont les secrets de la saveur unique du bicerin ? Ses ingrédients, simples mais d’une qualité irréprochable, en sont la clé. Traditionnellement, la recette comporte trois éléments de base : un expresso serré (court et intense) préparé à partir de café italien de haute qualité, un chocolat chaud épais et parfumé (idéalement un chocolat noir de Turin, parfois agrémenté de gianduia, cette pâte de chocolat et noisette typique du Piémont), et enfin de la crème de lait. Cette crème peut être soit de la crème fraîche épaisse à peine fouettée, soit du lait entier crèmeux chauffé (selon les recettes), mais de nos jours on opte le plus souvent pour une crème fouettée onctueuse pour couronner le tout. Le tout est servi brûlant, dans un petit verre transparent à pied ou un verre boule, assez épais pour supporter la chaleur.

La recette traditionnelle se transmet jalousement depuis des générations, mais elle est à la portée de tout gourmand équipé d’une cafetière et d’un bon fouet. Voici les grandes étapes pour préparer un authentique bicerin comme à Turin :

  1. Préparer un café : réalisez un expresso bien corsé. Idéalement, utilisez une cafetière moka italienne ou une machine expresso pour obtenir une petite tasse de café serré aux arômes puissants.
  2. Préparer le chocolat chaud : dans une casserole, faites fondre environ 25 à 30 g de chocolat noir (idéalement à 70 % de cacao ou du gianduia) avec un peu de lait (environ 2 cuillères à soupe) et du sucre selon votre goût. Remuez au bain-marie jusqu’à obtenir une texture lisse et épaisse, une crème au chocolat onctueuse. Le chocolat doit être bien chaud, presque bouillant, pour accueillir le café ensuite.
  3. Monter la crème : fouettez 25 ml de crème fraîche entière bien froide (idéalement ajoutée d’une pincée de sucre glace) jusqu’à consistance légèrement mousseuse. La crème doit être fouettée assez ferme pour flotter sur le café, mais inutile de la sucrer excessivement ni de la transformer en chantilly trop rigide.
  4. Assembler dans le verre : versez d’abord le chocolat chaud au fond du verre. Puis ajoutez délicatement l’expresso par-dessus. Pour éviter de trop mélanger les couches, on peut verser le café lentement sur le dos d’une cuillère afin qu’il s’écoule en douceur sur le chocolat. Enfin, déposez la crème fouettée froide sur le dessus en la faisant glisser délicatement. Vous obtenez ainsi trois couches superposées bien distinctes – visuellement appétissantes et prêtes à être savourées.
  5. Déguster sans mélanger : servez immédiatement, sans cuillère (ou alors uniquement pour manger la crème). Le plaisir du bicerin vient de la dégustation progressive des couches : si on remue tout, on perd la magie de la rencontre en bouche des saveurs successives. Buvez à petites gorgées à travers la crème, pour que le café et le chocolat chauds remontent à travers celle-ci.

La proportion idéale de chaque ingrédient fait partie du secret de chaque établissement. Certains préfèrent un café très serré pour corser la boisson, d’autres ajoutent un soupçon de lait dans le chocolat pour l’adoucir. Mais tous s’accordent sur un point : la qualité des produits fait le bicerin. Utilisez un café fraîchement moulu de premier choix, un chocolat artisanal riche en cacao, et une crème fraîche fermière pour retrouver le goût authentique de Turin.

Une précision importante : ne confondez pas le bicerin avec la liqueur du même nom ! En effet, il existe une liqueur piémontaise au chocolat et aux noisettes (inspirée du gianduiotto) qui s’appelle aussi Bicerin. Délicieuse au demeurant, cette liqueur de gianduia ne contient pas de café et n’a de commun avec notre boisson chaude que le nom. Ici, nous parlons bien du bicerin de café, la boisson chaude historique.

Son évolution à travers le temps, du XVIIIe siècle à aujourd’hui

Né dans le contexte raffiné du XVIII^e siècle piémontais, le bicerin a traversé les époques en s’adaptant aux goûts et aux mœurs, tout en conservant son âme. Après son apparition et son envolée de popularité au XIX^e siècle, il devient un incontournable de la Belle Époque turinoise. Les élégants cafés décorés de stucs dorés et de marbre voient défiler une clientèle mondaine venue siroter ce doux breuvage en feuilletant le journal ou en devisant politique.

Durant le XIX^e siècle, la recette du bicerin s’uniformise autour de la formule gagnante “‘n poc ’d tut”, et les variantes initiales disparaissent progressivement. Le petit verre sans anse devient un signe distinctif : à Turin, si l’on aperçoit un serveur apporter un verre transparent à trois couches, nul doute, c’est un bicerin qui va être dégusté. La boisson s’exporte dans d’autres villes piémontaises et italiennes du nord, mais curieusement elle reste très liée à Turin : ailleurs, on lui préfère vite des dérivés plus légers ou adaptés aux palais locaux.

Au tournant du XX^e siècle, Turin s’affirme comme capitale italienne du chocolat (on y inventera le fameux gianduiotto vers 1852) et du café. Le bicerin profite de cette effervescence : il est proposé aux touristes lors des Expositions universelles de 1884 et 1911 organisées à Turin, faisant découvrir cette spécialité aux visiteurs étrangers émerveillés. Dans l’entre-deux-guerres, alors que le cappuccino devient populaire à travers l’Italie, le bicerin reste le préféré des Turinès pour les après-midis d’hiver. Il incarne une certaine tradition, un art de vivre à l’ancienne dans un monde en modernisation.

Pendant les périodes difficiles – notamment les guerres – le bicerin connaît des heures plus sombres, le chocolat et le café devenant des denrées rares. Mais la tradition perdure tant bien que mal, les Turinois conservant dans leur mémoire gustative ce plaisir unique. Dès que l’abondance revient, on renoue avec la recette authentique. Aucune modernité n’a réussi à détrôner le bicerin : ni les sodas, ni les modes du latte ou du macchiato anglo-saxon n’ont entamé l’aura de ce classique local.

En 2001, comme évoqué précédemment, la région a officialisé le bicerin en tant que « Prodotto Agroalimentare Tradizionale » du Piémont, garantissant son rôle patrimonial. Cette reconnaissance a ravivé la fierté autour de la boisson et encouragé les jeunes générations à la redécouvrir. Désormais, chaque année en hiver, Turin célèbre son patrimoine chocolaté et caféiné à travers des événements (tels que le festival Cioccolatò) où le bicerin tient une place d’honneur. Des versions gourmet ont vu le jour dans certains bars : on peut trouver des bicerin aromatisés, par exemple avec une pointe de liqueur (un trait de rhum ou de vermouth local dans le café pour un « bicerin correct »), ou encore des variantes à la crème chantilly vanillée. Mais la recette classique reste la référence absolue, transmise fidèlement par les maisons historiques.

Aujourd’hui, le bicerin est plus vivant que jamais. Il continue d’être servi dans les mêmes verres qu’autrefois, au Caffè Al Bicerin et dans d’autres établissements, avec ce rituel immuable qui fait voyager dans le temps. Les Turinois aiment raconter que goûter un bicerin de nos jours, c’est faire un saut dans le passé, sur les traces des comtes, des écrivains et des dames élégantes du siècle dernier. Entre tradition maintenue et redécouverte par les touristes, le bicerin a su évoluer en douceur à travers les siècles, sans jamais perdre son identité.

Bicherin historique
Bicherin historique

Son rôle culturel à Turin et dans le Piémont

Plus qu’une boisson, le bicerin est un emblème culturel de Turin et, par extension, du Piémont. Il occupe une place à part dans le cœur des habitants, car il est lié à des moments de convivialité, de réconfort et même de dévotion religieuse. En effet, historiquement, le Caffè Al Bicerin étant situé juste en face du sanctuaire de la Consolata, un véritable lien s’est tissé entre le rituel religieux et le rituel gustatif. Au XIX^e siècle, il était d’usage que les fidèles sortant de la messe dominicale – notamment celles et ceux qui avaient jeûné avant de communier – viennent immédiatement se sustenter avec un bicerin pour reprendre des forces. La boisson était suffisamment calorique pour redonner de l’énergie, tout en restant dans une zone « grise » acceptable durant le jeûne : le chocolat chaud, considéré comme un liquide et non comme de la nourriture solide, ne rompait pas officiellement le jeûne strict. Ainsi, en période de Carême, beaucoup de Turinois s’autorisaient un bicerin, ce qui leur permettait de tenir bon malgré les privations religieuses !

Le bicerin a aussi joué un rôle dans la vie intellectuelle et politique turinoise. Aux XVIII^e et XIX^e siècles, les cafés étaient des lieux de rencontre majeurs pour les penseurs, les artistes et les hommes d’État. Turin, ancienne capitale du royaume de Savoie puis foyer du Risorgimento italien, bouillonnait d’idées révolutionnaires. Le Caffè Al Bicerin et d’autres grands cafés comme le Caffè Fiorio ou le Caffè San Carlo ont été le théâtre de discussions enflammées autour d’un verre de bicerin. On raconte même qu’au milieu du XIX^e siècle, Camillo Benso, comte de Cavour, grand architecte de l’unité italienne, fréquentait le Caffè Al Bicerin. Anticlérical notoire, Cavour aurait pris l’habitude d’attendre que la famille royale, très pieuse, sorte de la messe à la Consolata, confortablement installé à « sa » table près de la fenêtre, un bicerin à la main. Une façon malicieuse de concilier son devoir d’homme d’État (il accompagnait le roi à l’église par obligation protocolaire) et son esprit libre (il restait au café plutôt que d’assister à l’office, tout en surveillant du coin de l’œil la sortie du monarque).

La dimension sociale et inclusive du bicerin est également notable. À une époque où les cafés étaient le pré carré des hommes (on y fumait, trinquait, discutait politique dans une atmosphère pas toujours recommandable pour une « dame » respectable), le Caffè Al Bicerin fit figure d’exception en accueillant volontiers une clientèle féminine. Son emplacement face à l’église, le fait qu’on y serve principalement du chocolat, du café et seulement quelques liqueurs douces comme le vermouth ou le rosolio, en faisait un lieu considéré comme fréquentable pour les femmes. Mieux : l’établissement a très tôt été tenu par des femmes. Dès le début du XX^e siècle, Mme Ida Cavalli et sa famille ont géré le café pendant des décennies (1917–1971), en faisant un havre de délicatesse et de bienveillance en pleine ville. Les étudiantes, les institutrices ou les bourgeoises pouvaient s’y rendre seules pour prendre un bicerin en trempant des biscuits au beurre, sans craindre pour leur réputation. Ce rôle pionnier dans l’émancipation sociale féminine ajoute au charme historique du lieu et de la boisson.

De manière plus large, le bicerin est intégré au patrimoine gastronomique régional. Les Turinois le citent dans la même liste que leurs spécialités fétiches : les gianduiotti (chocolats à la noisette), les grissini (gressins), le vermouth, la bagna cauda… Il fait l’objet de fierté locale et demeure un passage obligé pour quiconque veut comprendre l’âme de Turin. Offrir un bicerin à un visiteur, c’est lui transmettre un fragment de l’histoire piémontaise, lui faire goûter la douceur de vivre locale. Ainsi, la boisson est souvent mise à l’honneur lors de parcours touristiques, de même que dans la littérature et le cinéma italiens lorsqu’il s’agit d’évoquer Turin. Par exemple, l’écrivain Umberto Eco a même décrit en détail le Caffè Al Bicerin et son ambiance dans son roman Le Cimetière de Prague, preuve que l’établissement et sa boisson fétiche sont ancrés dans l’imaginaire culturel.

Anecdotes : le bicerin et ses illustres adeptes

Au fil des ans, de nombreuses personnalités célèbres ont succombé au charme du bicerin, au point de laisser leur empreinte dans les anecdotes locales. Parmi les plus connus figure Alexandre Dumas père, l’auteur des Trois Mousquetaires. En visite à Turin vers 1852, Dumas mentionne le bicerin dans ses écrits et lettres, le citant comme une des choses à ne pas manquer à Turin. Séduit par cette boisson « merveilleuse », il en aurait loué l’équilibre parfait entre café, chocolat et crème, et sa capacité à réconforter le voyageur fatigué.

Le philosophe allemand Friedrich Nietzsche fait également partie du panthéon des amateurs de bicerin. Nietzsche vécut à Turin en 1888, il appréciait énormément la ville pour son calme et sa beauté, y trouvant l’inspiration pour écrire des ouvrages majeurs (L’Antéchrist, Le Crépuscule des idoles, Ecce Homo). On raconte qu’il aimait flâner sous les arcades de la via Po et s’arrêter dans les cafés pour observer la vie turinoise. On imagine sans peine Nietzsche, attablé seul avec ses pensées, une moustache trempée de crème en savourant un bicerin fumant lors des matinées d’hiver piémontais. Cette image humanise le philosophe austère et le lie à la douceur de vivre italienne.

Autre grand nom lié au bicerin : Camillo Cavour, comme évoqué plus haut. Ce premier ministre du royaume de Sardaigne (puis d’Italie unifiée) était un habitué du Caffè Al Bicerin. Son anecdote est savoureuse : profitant de la messe dominicale où il devait accompagner le roi, il préférait s’éclipser et suivre l’office de loin… depuis le café, bien au chaud avec son breuvage favori. L’histoire veut qu’il occupait toujours la même table près de la fenêtre, d’où il pouvait surveiller discrètement l’entrée et la sortie du sanctuaire. Ce comportement un brin frondeur symbolise le caractère de Cavour, esprit libre et gourmet.

Parmi les autres illustres amateurs, on peut citer le compositeur italien Giacomo Puccini. Séjournant à Turin dans les années 1890, Puccini logeait dans un petit appartement non loin de la Consolata. Dans ses mémoires, il raconte qu’il lui arrivait de faire une pause créative en descendant au Caffè Al Bicerin pour un moment de détente – on sait combien les cafés ont inspiré les artistes – et il avoue même avoir puisé dans cette atmosphère de petit monde chaud et boisé l’inspiration d’une scène de son opéra La Bohème. On imagine le maestro, quittant un instant ses partitions, pour aller se réchauffer l’âme et le corps d’un bicerin.

D’autres noms ornent le livre d’or virtuel du bicerin : la dernière reine d’Italie Maria José de Savoie et le roi Umberto II firent halte au Caffè Al Bicerin en 1946 avant de partir en exil, et le roi déchu écrivit même une lettre de remerciement à l’établissement pour la qualité de l’accueil (la lettre est encore exposée dans le café). L’écrivain Italo Calvino, né à Cuba mais d’origine italienne, appréciait y venir lorsqu’il séjournait à Turin, tout comme l’acteur comique turinois Erminio Macario qui, dit-on, ne ratait jamais l’occasion d’y inviter ses collègues après le spectacle. Plus récemment, lors des Jeux olympiques d’hiver de 2006, l’actrice américaine Susan Sarandon a elle aussi succombé au charme du petit verre turinois et venait régulièrement en famille savourer un bicerin pendant son séjour.

Cette galerie de figures, allant des intellectuels aux têtes couronnées en passant par les artistes, illustre à quel point le bicerin fait partie intégrante de l’histoire de Turin. Boire un bicerin, c’est marcher sur les traces de Dumas, de Nietzsche, de Cavour ou de Puccini – un lien intangible se crée entre le visiteur d’aujourd’hui et ces personnages d’hier, unis par le plaisir du même breuvage. Chaque tasse servie au Caffè Al Bicerin pourrait raconter des anecdotes centenaires, et c’est sans doute ce qui rend l’expérience si spéciale pour ceux qui la vivent.

Comparaison avec d’autres boissons similaires (marocchino, cappuccino…)

Le bicerin, avec ses trois couches de café, chocolat et crème, peut rappeler d’autres boissons chaudes italiennes ou internationales. Mais attention, aucune n’est tout à fait son équivalent ! Voyons en quoi le bicerin se distingue de ses « cousins » et quelles similitudes ils partagent.

Bicerin vs cappuccino : Le cappuccino est sans doute le café italien le plus universellement connu. Pourtant, il est bien différent du bicerin. Un cappuccino classique se compose d’un expresso allongé avec du lait chaud et surmonté d’une épaisse couche de mousse de lait (et non de crème fouettée), le tout généralement servi dans une tasse en céramique. Il ne contient pas de chocolat à la base, sauf si l’on saupoudre un peu de cacao sur la mousse en guise de décoration. Le cappuccino est une boisson du matin par excellence en Italie, souvent bue au petit-déjeuner. Le bicerin, plus riche et sucré, s’apparente davantage à un dessert liquide ou à un encas d’après-midi. On pourrait dire de façon imagée que le bicerin est un cappuccino gourmand au chocolat, mais servi en verre et avec de la crème fraîche à la place de la mousse de lait. L’un et l’autre offrent une expérience différente : le cappuccino vise l’équilibre entre café et lait dans un format léger, le bicerin cherche la décadence chocolatée et la superposition des textures.

Bicerin vs marocchino : Le marocchino est une autre spécialité italienne mêlant café et cacao, originaire elle aussi du Piémont. Né dans les années 1930 à Alexandrie (une ville piémontaise), le marocchino est servi dans un petit verre, d’où son autre nom vetrino (« petit verre » en italien) dans certaines régions. Il se compose d’un expresso, d’un nuage de lait mousseux (ou de lait chaud) et de poudre de cacao. La boisson est montée en couches comme le bicerin, mais en version plus petite et légère. D’ailleurs, son nom signifie « marocain » car la teinte brune du mélange café-cacao évoquait la couleur d’un cuir marocain très prisé. Le marocchino peut être vu comme un descendant moderne du bicerin : certaines sources italiennes le décrivent même comme une évolution du bicerin de Cavour – en référence à une variante plus simple du bicerin historique – lui-même issu de la bavareisa. La différence majeure tient à l’utilisation de cacao en poudre et de lait émulsionné, au lieu du chocolat épais et de la crème. Le marocchino est donc moins dense et moins sucré que le bicerin. C’est un petit plaisir souvent pris en coup de fouet rapide au comptoir. Le bicerin, au contraire, se déguste assis, lentement, avec toute une mise en scène. Les deux boissons partagent toutefois l’idée du café au chocolat servi en verre, preuve de l’héritage commun piémontais.

Bicerin vs mocaccino / café mocha : À l’international, on trouve des cafés au chocolat appelés mocha (ou mocaccino en Italie). Ces boissons, popularisées dans les chaînes de coffee-shop, mélangent expresso, lait et chocolat (souvent sous forme de sirop ou de poudre de cacao), le tout garni de crème fouettée. Sur le papier, cela ressemble au bicerin, mais souvent le résultat est très différent : le mocha est généralement servi dans de grands mugs, très mélangé, avec beaucoup de lait, ce qui en fait une sorte de latte au chocolat. Le bicerin, lui, a une identité plus nette : pas de lait ajouté (juste la crème fouettée), un format plus petit et concentré, et un strict respect des couches non mélangées. On pourrait dire que le bicerin est l’ancêtre raffiné du café moka moderne, avec une authenticité artisanale que les versions de coffee-shop tentent d’imiter sans l’égaler.

En résumé, aucune boisson n’égale exactement le bicerin dans sa composition et son rituel. Le cappuccino lui apporte la notoriété du café italien mousseux, le marocchino rappelle son origine piémontaise commune, et le mocha globalisé en est une lointaine réinterprétation. Mais le bicerin reste unique en son genre : c’est un petit dessert liquide traditionnel, chargé d’histoire, là où les autres ne sont « que » des variantes de café gourmand. Pour le vérifier, le mieux est encore de goûter à tout lors d’un passage à Turin : un cappuccino le matin au bar du coin, un marocchino en milieu de journée, et un bicerin l’après-midi en prenant son temps dans un café historique… votre palais saura faire la différence !

Où boire un excellent bicerin aujourd’hui à Turin ? (dont le Caffè Al Bicerin)

Turin est le berceau du bicerin, et la ville compte encore plusieurs adresses d’exception pour en déguster un, comme à l’époque. Voici les principaux lieux à ne pas manquer pour un bicerin authentique :

  • Caffè Al Bicerin, Piazza della Consolata 5 – Incontournable, c’est le café historique fondé en 1763 où tout a commencé. Un minuscule établissement à l’atmosphère unique, avec son décor Napoléon III fait de boiseries sombres, de marbre et de lustres anciens. On y sert l’un des meilleurs bicerin de Turin, toujours selon la recette secrète transmise depuis le XVIII^e siècle. Siroter un bicerin ici, c’est plonger directement dans l’histoire – l’endroit n’a quasiment pas changé depuis deux siècles. Les places assises étant limitées, il n’est pas rare qu’une petite file se forme le week-end pour savourer le précieux breuvage sur place. Conseil : venez en matinée en semaine, ou armez-vous de patience, l’expérience en vaut la chandelle. En accompagnement, ne manquez pas de goûter aux pâtisseries maison (la torta gianduia au chocolat et aux noisettes, par exemple) qui se marient à merveille avec le bicerin.
  • Caffè Mulassano, Piazza Castello 15 – Un autre café historique (fondé en 1907) célèbre pour avoir inventé le tramezzino, mais aussi pour servir un excellent bicerin. Le Caffè Mulassano, avec son intérieur Art nouveau élégant en marbre et en acajou, propose le bicerin dans les règles de l’art : un mélange de café expresso et de chocolat chaud, surmonté de crème fouettée, présenté dans un joli verre à pied. Moins touristique que Al Bicerin, c’est un lieu apprécié des habitués du centre-ville. Profitez-en pour savourer quelques tramezzini (mini-sandwichs triangulaires) salés, spécialité de la maison, avant de terminer sur la note sucrée du bicerin.
  • Caffè Fiorio, Via Po 8 – Fondé en 1780, Fiorio est l’un des plus anciens cafés de Turin, célèbre pour avoir accueilli aristocrates, philosophes et politiciens (on disait que ceux qui ne fréquentaient pas Fiorio « n’étaient pas influents » à l’époque…). Le décor Empire y est splendide, et la maison est renommée pour ses chocolats chauds épais, ses glaces et marrons glacés. On y sert évidemment le bicerin, dans un cadre spacieux et élégant, propice à refaire le monde. L’atmosphère y est différente de l’intimité du Bicerin : plus grand, plus lumineux, mais tout aussi chargé d’histoire. Vous pourrez presque entendre le murmure des conversations d’antan en trempant vos lèvres dans la crème.
  • Caffè Baratti & Milano, Piazza Castello 29 – Ouvert en 1858 à l’origine comme confiserie, Baratti & Milano est un temple du chocolat turinois. Son décor Belle Époque fastueux – miroirs, dorures, fresques au plafond – vaut à lui seul la visite. Ici, on peut déguster un bicerin entouré d’un luxe d’un autre temps. La maison propose une large gamme de douceurs raffinées (praline al gianduia, caramels, etc.) et un excellent choix de cafés et de thés. Le bicerin qu’on y sert est à la hauteur de la réputation, parfois accompagné d’un mini-gianduiotto offert sur la soucoupe. C’est l’arrêt idéal lors d’une journée de shopping sous les arcades de la via Roma toute proche.
  • Caffè San Carlo, Piazza San Carlo 156 – Situé sur la majestueuse place San Carlo, ce café ouvert vers 1822 (certains disent 1842) est connu pour son intérieur de style baroque tardif et sa vaste terrasse sous les arcades. Au menu, on trouve bien sûr le bicerin, aux côtés de nombreuses pâtisseries, apéritifs et autres spécialités piémontaises. Siroter un bicerin en terrasse au Caffè San Carlo, avec vue sur les statues équestres et les églises jumelles de la place, est un plaisir sans nom lors d’un après-midi ensoleillé d’automne ou d’hiver. Le mélange du froid extérieur et de la chaleur chocolatée dans votre verre amplifie la magie du moment.

Bien sûr, il existe d’autres adresses pour déguster un bicerin à Turin – pratiquement tous les bons cafés de la ville en proposent de nos jours. Citons encore Caffè Torino (Piazza San Carlo 204), inauguré en 1903, au décor Liberty séduisant, ou Caffè Platti (Corso Vittorio Emanuele II 72), fondé en 1875, qui offre dans un décor Art déco une ambiance plus intime. Mais si vous manquez de temps, privilégiez au moins un des cafés historiques ci-dessus pour une expérience complète.

Une mention spéciale pour finir : l’expérience Merenda Reale (« goûter royal ») proposée par l’office de tourisme de Turin. Il s’agit d’un rituel gourmand recréant l’atmosphère du XVIII^e siècle où l’aristocratie se réunissait l’après-midi autour de chocolats et de pâtisseries. Plusieurs cafés historiques (dont Al Bicerin et Baratti & Milano) y participent et servent, sur un élégant plateau, un bicerin accompagné de biscuits traditionnels à tremper (comme les bagnati, sortes de petits biscuits secs, ou des sablés aux amandes). Une façon charmante de vivre Turin comme à l’époque royale ! Le tout pour un prix fixe, vous plongeant dans un voyage gustatif dans le temps.

Conseils pour le préparer chez soi (avec variantes possibles)

Envie de prolonger l’expérience chez vous et d’impressionner vos invités lors d’un après-midi d’hiver ? Préparer un bicerin maison est tout à fait possible en s’y prenant bien. Voici quelques conseils pratiques pour réussir votre bicerin comme un barista turinois :

  • Choisissez bien vos ingrédients : la qualité prime sur tout. Optez pour un café en grains fraîchement moulu de type espresso (une torréfaction italienne, assez foncée, sera idéale). Sélectionnez un chocolat noir de qualité (au moins 60 % de cacao, voire plus) ; un chocolat parfumé à la noisette (gianduia) peut apporter la touche piémontaise typique. Utilisez de la crème liquide entière très froide pour la chantilly, elle montera mieux et aura plus de goût qu’une crème légère.
  • Respectez les températures : un des trucs pour obtenir de belles couches séparées, c’est le différentiel de température et de densité. Le chocolat et le café doivent être brûlants, tandis que la crème fouettée doit être froide. Ainsi, la crème reste en surface sans se mélanger immédiatement, et le café bien chaud glisse sur le chocolat dense. Servez dans un verre épais préalablement rincé à l’eau chaude (pour éviter le choc thermique et garder le mélange café-chocolat bien chaud).
  • Maîtrisez la technique de versement : comme indiqué dans la recette plus haut, versez le café lentement sur le chocolat en utilisant une cuillère pour le casser le moins possible. De même, ajoutez la crème très délicatement, soit avec une cuillère, soit à la poche à douille pour être précis. L’objectif est de ne pas troubler les couches inférieures. Avec un peu de pratique, on y arrive très bien.
  • Personnalisez votre bicerin : la recette originale ne se discute pas, mais rien ne vous empêche d’essayer des variantes chez vous. Par exemple, vous pouvez aromatiser la crème en y ajoutant une pointe de vanille avant de la fouetter, ou saupoudrer sur la couche de crème un léger voile de cacao amer ou de cannelle pour la décoration. Certains ajoutent même quelques copeaux de chocolat sur le dessus pour la gourmandise. Autre idée, pour une version « adulte » en digestif : ajouter une cuillère à café de votre liqueur préférée dans le café ou le chocolat (du rhum, de l’Amaretto, ou pourquoi pas le Bicerin de gianduiotto liqueur elle-même) – cela donnera un bicerin corretto original, à siroter en soirée.
  • Variante glacée : bien que non traditionnelle, il existe aussi des interprétations estivales. On peut réaliser un bicerin freddo en laissant refroidir le café et le chocolat, en les versant sur des glaçons dans le verre, puis en ajoutant une crème fouettée bien froide sur le dessus. Le tout saupoudré de cacao. Cela donne une boisson frappée gourmande pour l’été. Cependant, les puristes crieront au sacrilège : le vrai bicerin se boit chaud, point final !

En suivant ces conseils, vous pourrez servir à vos proches un bicerin qui les fera voyager à Turin depuis votre salon. N’oubliez pas de leur raconter l’histoire de cette boisson pendant que vous la dégustez ensemble : le plaisir n’en sera que démultiplié. Et si vous accompagnez le bicerin de quelques biscuits (amaretti, biscuits aux noisettes ou chocolat), ou d’un carré de gianduia, vous recréerez l’ambiance d’un authentique goûter piémontais.

Intégration dans un itinéraire touristique gourmand à Turin

Pour conclure, impossible de ne pas évoquer comment le bicerin s’insère dans une découverte touristique de Turin. La capitale piémontaise est une ville qui se savoure autant avec les yeux qu’avec les papilles, et un itinéraire gourmand dans ses rues élégantes ne serait pas complet sans la dégustation de son fameux petit verre chocolaté.

Imaginons un itinéraire d’une journée pour un épicurien à Turin :

Matinée : Commencez par une balade sous les arcades de la Via Po jusqu’à la Piazza Vittorio Veneto, quand la ville s’éveille. Prenez un cappuccino et un croissant dans une pâtisserie traditionnelle pour le petit-déjeuner, par exemple au Caffè Torino ou chez Mulassano sous les arcades de la Piazza Castello. Ensuite, dirigez-vous vers le marché coloré de Porta Palazzo (le plus grand marché à ciel ouvert d’Europe) pour humer les produits locaux. Vous y trouverez des stands de gianduiotti artisanaux – ces pralines de chocolat et noisette nées à Turin – achetez-en quelques-uns, ils seront parfaits à déguster plus tard avec votre bicerin.

Midi : Après avoir visité quelques monuments (la Mole Antonelliana et son musée du Cinéma, ou le Palais Royal et ses superbes appartements), il est temps de faire une pause déjeuner. Pourquoi ne pas goûter à un plat typique comme le vitello tonnato ou les agnolotti al plin dans une trattoria du Quadrilatero Romano, le vieux quartier autour de la Consolata ? Gardez de la place pour le dessert, car le clou de l’après-midi vous attend.

Après-midi : C’est le moment tant attendu de la dégustation du bicerin. Rendez-vous Piazza della Consolata, un lieu charmant où se dresse l’ancienne église de la Consolata. Juste en face, la façade discrète du Caffè Al Bicerin vous accueille. Installez-vous (si possible) à l’une des petites tables en marbre. La commande est évidente : « Un bicerin, per favore. » En attendant, observez les boiseries, les bouteilles colorées de sirops et les bonbonnières alignées sur les étagères, témoins d’un autre temps. Le serveur en livrée dépose devant vous le verre légendaire. Prenez le temps d’admirer ses trois couches parfaites. Goûtez d’abord à la cuillère un peu de crème, puis buvez une gorgée qui mêle café et chocolat… Le silence se fait, juste le carillon lointain de l’église et le murmure des conversations – vous êtes en train de vivre un moment suspendu, un voyage gustatif dans le temps. Songez que là, à votre place, Dumas ou Nietzsche ont peut-être vécu la même extase il y a plus d’un siècle. Accompagnez éventuellement d’un petit biscuit sec aux amandes (ils en proposent souvent avec la boisson). Chaque gorgée vous enveloppe de bien-être. C’est plus qu’une pause café, c’est un véritable rite turinois que vous accomplissez.

Après ce délice, reprenez votre promenade en passant par le vieux Turin : pourquoi ne pas visiter le Musée Égyptien tout proche (l’un des plus riches au monde), histoire de faire travailler un peu l’esprit après avoir comblé le palais ? En sortant, vous pourriez faire un saut chez un chocolatier renommé comme Guido Gobino ou Peyrano pour acheter quelques souvenirs gourmands – Turin est la capitale du chocolat, souvenez-vous-en.

Soirée : Le soir venu, pour compléter cet itinéraire gourmand, offrez-vous un apéritif à la turinoise. La ville a inventé le vermouth et la tradition du aperitivo. Dans un bar historique comme Platti ou Baratti & Milano, sirotez un vermouth local accompagné de grignotages salés, en repensant à la journée écoulée. En dessert, si vous n’êtes pas rassasié, vous pourriez commander une autre spécialité piémontaise, la panna cotta, mais avouez qu’après un bicerin, vous avez déjà connu le summum de la douceur.

Cet itinéraire n’est qu’un exemple parmi tant d’autres – Turin se prête volontiers aux explorations gastronomiques. L’important est de prendre son temps, de mêler visites culturelles et pauses gourmandes. Le bicerin s’intègre parfaitement dans ce rythme : c’est la pause sucrée-caféinée qui redonne de l’énergie entre deux visites de musée, c’est le prétexte pour s’asseoir et regarder la vie locale passer. En suivant les traces du bicerin, vous découvrirez aussi une facette intimiste de Turin, faite de cafés anciens, de recettes transmises et de saveurs authentiques.


Emouvant, historique, savoureux, le bicerin est bien plus qu’une boisson chaude. C’est un concentré liquide de l’âme de Turin, un symbole de l’hospitalité piémontaise et du raffinement gourmand hérité des siècles passés. Du premier café Dentis en 1763 jusqu’à nos jours, il n’a cessé de régaler et de réchauffer les cœurs. En venant à Turin, prenez le temps de vous asseoir pour le déguster – et si vous fermez les yeux, vous pourriez presque entendre le froufrou des robes d’époque et le murmure des discussions d’antan autour de vous. Le bicerin, c’est Turin dans un verre, une expérience à la fois gustative et culturelle qui marque tous ceux qui la vivent. Alors, à votre tour, laissez-vous séduire par ce petit verre au grand héritage – vous ne le regretterez pas. Buon viaggio e… salute !

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