Cuisine et Gastronomie

Pâtes artisanales d’Italie : les meilleurs fabricants, marques emblématiques et labels IGP

L’Italie est la patrie incontestée des pâtes, avec une variété extraordinaire de formes et de recettes régionales. On estime qu’il existe entre 580 et plus de 1 300 types de pâtes dans le monde, dont l’immense majorité sont originaires de la péninsule italienne. Chaque région d’Italie possède ses traditions, ses formats de pâtes typiques et son savoir-faire artisanal transmis de génération en génération. Des ruelles de Bari où des nonne façonnent à la main des orecchiette, aux collines toscanes où l’on déguste des pici rustiques, en passant par Gragnano, la « Città della Pasta », l’Italie offre un véritable voyage culturel et gourmand au cœur des pastifici artisanaux.

Dans cet article, nous vous invitons à parcourir les régions italiennes les plus emblématiques pour leurs pâtes artisanales. Pour chaque région, nous découvrirons la tradition locale, des marques et artisans d’exception (certains ouvrant volontiers les portes de leurs ateliers), les formes de pâtes typiques, les labels de qualité qui les protègent, des anecdotes historiques et des conseils touristiques pour les amateurs de pasta. Avant d’entamer ce tour d’Italie, commençons par comprendre les labels d’excellence qui garantissent la qualité et l’authenticité des pâtes artisanales italiennes.

Labels de qualité italiens : IGP, STG, DOP – garants de la tradition

L’Italie attache une grande importance à la préservation de ses produits agroalimentaires traditionnels, et les pâtes n’échappent pas à cette règle. Trois sigles résument cet engagement : IGP, DOP et STG. Ces labels de qualité, reconnus au niveau européen, valorisent le savoir-faire et l’origine des produits.

  • IGP (Indicazione Geografica Protetta – Indication Géographique Protégée) : ce label garantit qu’au moins une étape de la production est réalisée dans une région donnée, conférant au produit ses caractéristiques spécifiques. Dans le monde des pâtes, l’IGP est particulièrement important. Par exemple, la Pasta di Gragnano IGP est aujourd’hui la seule pâte de semoule de blé dur certifiée IGP en Italie. Depuis 2013, une trentaine de producteurs de la ville de Gragnano (Campanie) peuvent arborer ce label, qui assure l’emploi de blé dur de qualité et le respect du procédé traditionnel de tréfilage au bronze et de séchage lent. Autre exemple, dans les Marches, les Maccheroncini di Campofilone IGP – de fins spaghettis aux œufs produits depuis la Renaissance – ont été la première pâte (et première pâte aux œufs) à obtenir une IGP en Italie en 2013. Ce label IGP garantit à travers l’Europe l’authenticité de ces pâtes et leur zone de production.
  • DOP (Denominazione d’Origine Protetta – Appellation d’Origine Protégée) : plus exigeant encore, le label DOP certifie qu’un produit est entièrement fabriqué et transformé dans une zone géographique précise, selon un savoir-faire reconnu. Les pâtes sèches de blé dur n’obtiennent généralement pas de DOP (ce label s’applique plutôt aux fromages, huiles, etc.), car la matière première (le blé) peut provenir de diverses régions. En revanche, certaines spécialités locales associant un ingrédient spécifique peuvent être DOP – par exemple, c’est le cas de produits comme le pecorino ou le parmigiano utilisés dans certaines pâtes farcies locales, mais pas de la pâte elle-même. Même s’il n’existe pas de pasta DOP au sens strict, le label DOP fait partie de l’écosystème de qualité italien, garantissant l’excellence des ingrédients qui accompagnent souvent les pâtes (fromages DOP, etc.).
  • STG (Specialità Tradizionale Garantita – Spécialité Traditionnelle Garantie) : ce label met l’accent non pas sur l’origine géographique, mais sur la composition traditionnelle ou le mode de production d’un aliment. Il protège une recette ou un procédé ancestral où qu’il soit reproduit. Dans l’univers de la pasta, la STG s’applique plutôt à des préparations (par exemple la pizza napolitaine est « Pizza Napoletana STG »). Aucune forme de pâte spécifique n’est encore labellisée STG, mais ce sigle pourrait protéger à l’avenir des recettes traditionnelles de pâtes (sauces, farces, etc.) afin d’en garantir la méthode authentique où qu’elles soient élaborées.

Enfin, il convient de mentionner que l’Italie reconnaît aussi ses « Prodotti Agroalimentari Tradizionali » (PAT), une liste nationale de produits traditionnels. De nombreuses pâtes locales y figurent, ce qui atteste de leur importance patrimoniale, même si ce n’est pas un label européen. Les labels IGP, DOP et STG contribuent en tout cas à la valorisation des pâtes artisanales, en rassurant le consommateur sur l’origine de la semoule et la préservation des méthodes artisanales, tout en protégeant les artisans contre les contrefaçons. Armés de ces notions, partons à présent à la découverte des régions qui font la richesse du monde des pasta italiennes.

Nonna orecchiette
Nonna orecchiette

Toscane : traditions paysannes et pasta d’antan

En Toscane, la culture des pâtes reflète l’âme rustique et terrienne de la région. Ici, point de spaghettis industriels omniprésents : on met à l’honneur des pâtes souvent faites main, d’une simplicité biblique (farine de blé tendre ou de semoule et eau, avec ou sans œufs) et liées aux produits de la terre. L’une des spécialités toscanes emblématiques est le pici, grosse spaghetti artisanal roulé à la main. Originaire du sud de la Toscane (région de Sienne), le picio se compose uniquement de farine, eau, sel, et d’un filet d’huile d’olive – pas d’œuf dans cette pâte « pauvre » mais savoureuse. Sa texture rugueuse retient merveilleusement les sauces. Goûtez les pici all’aglione, garnis d’une sauce tomate relevée d’aglione (une variété d’ail géant de la Val di Chiana) pour une explosion de saveurs typiquement toscanes.

Les pâtes longues en rubans sont également à l’honneur en Toscane. Les pappardelle, larges rubans souvent enrichis d’œufs, se marient traditionnellement aux robustes ragù de gibier (lièvre, sanglier), offrant un plat automnal réconfortant. Dans les zones rurales, on prépare depuis toujours des pâtes fraîches avec les moyens du bord : ainsi, dans la Maremme, les tortelli maremmani sont de grands raviolis farcis de ricotta de brebis et d’épinards, gratinés au four avec sauce tomate et pecorino. Plus au nord, dans le Mugello, on trouve les tortelli di patate – raviolis carrés garnis de pomme de terre, nés de la nécessité d’utiliser ce tubercule abondant en montagne, servis avec un simple beurre sauge ou un ragù. On le voit, la Toscane décline les pâtes farcies avec ingéniosité, utilisant les produits locaux : menthe et blette dans les pannicelli d’Arezzo, mélange de viandes et de mortadelle dans les tordelli lucchesi de Lucques… Même les gnudi – littéralement « nus » – sont une sorte de ravioli sans pâte, de simples boulettes de farce (ricotta et épinards) pochées, preuve que les Toscans savent se passer de la pâte elle-même pour créer un plat délicieux !

Marques et artisans emblématiques de Toscane

La Toscane peut s’enorgueillir de plusieurs pastiers artisanaux historiques dont la renommée dépasse les frontières régionales. L’un des plus célèbres est sans doute Pastificio Martelli, un petit établissement familial fondé en 1926 dans le bourg médiéval de Lari, près de Pise. La famille Martelli – parents, enfants, oncles et tantes – y produit à la main seulement quelques formats classiques (spaghetti, spaghettini, maccheroni, penne) d’une qualité exceptionnelle, tréfilés au bronze et séchés pendant 50 heures à basse température. Leur packaging jaune vif est reconnaissable entre tous des gourmets. Signe particulier, les portes de la maison Martelli sont toujours ouvertes aux visiteurs qui passent par Lari : il est possible de visiter l’atelier et de voir les membres de la famille découper et étendre les spaghettis sur de grands séchoirs en bois, dans le respect d’un rituel inchangé depuis près d’un siècle.

Autre nom mythique, Pastificio Fabbri, établi en 1893 à Greve in Chianti. Cette entreprise familiale, aujourd’hui dirigée par la 5e génération, fabrique des pâtes sèches bio 100 % toscanes en préservant les méthodes artisanales d’antan. Fabbri est réputé pour ses formats traditionnels toscans (pici, pappardelle…) et pour la création d’un véritable musée de la pâte au sein de son atelier. On peut en effet visiter le petit musée Giovanni Fabbri pour découvrir les outils d’époque et l’histoire de la fabrication des pâtes en milieu rural toscan. C’est une plongée fascinante dans le quotidien des sfogline (les femmes qui étalaient la pâte) et des paysans d’autrefois. Parmi les autres producteurs artisanaux de Toscane, citons encore Antico Pastificio Morelli, fondé en 1860, spécialiste de pâtes intégrant le germe de blé pour un goût authentique, ou Martelli et Fabbri déjà évoqués, tous garants d’une qualité artisanale irréprochable.

Pâtes typiques, labels et expériences en Toscane

Les pâtes toscanes n’ont pas encore de label européen spécifique (pas de IGP propre à une pâte de Toscane), mais certaines recettes traditionnelles sont protégées au titre du patrimoine régional. Les pici par exemple sont reconnus comme produit agroalimentaire traditionnel toscan. De même, la région met en avant la qualité de sa semoule de blé dur issue des collines métallifères et de la Val d’Orcia pour la fabrication de pâtes locales.

Pour le voyageur gourmet, la Toscane offre de belles occasions de découvertes touristiques autour des pâtes. Outre les visites de pastifici (Martelli, Fabbri…), on peut se rendre à des festivals dédiés. Par exemple, la Sagra dei Pici (fête des pici) est organisée chaque été dans plusieurs villages siennois – à Celle sul Rigo fin mai, ou à Monte San Savino début août – où l’on déguste ces gros spaghettis roulés à toutes les sauces, dans une ambiance conviviale de fête de village. De même, la région du Mugello célèbre ses tortelli di patate lors de sagre locales en été. Les amoureux de culture ne manqueront pas de visiter la ville de Pontedera (près de Pise) qui héberge le musée de la Fondation Pasta Cuomo, consacré à l’histoire industrielle des pâtes en Toscane. Mais bien souvent, la meilleure expérience reste de pousser la porte d’une trattoria familiale dans un bourg toscan et d’y commander « la spécialité de la maison » : un plat de pâtes fraîches fait main, préparé selon la recette transmise par la nonna. C’est là toute l’âme de la Toscane qui s’exprime dans l’assiette.

Émilie-Romagne : berceau des pâtes fraîches et chefs-d’œuvre farcis

Bienvenue en Émilie-Romagne, la région surnommée le « grenier gastronomique de l’Italie ». Ici, la pasta est reine et surtout la pasta fresca all’uovo – les pâtes fraîches aux œufs. Bologne, Parme, Modène… autant de villes dont les noms évoquent sauces généreuses et farces gourmandes. C’est en Émilie qu’est née la figure emblématique de la sfoglina, cette femme experte qui, munie de son rouleau en bois (mattarello), étale la feuille de pâte (sfoglia) d’une main de maître. Le savoir-faire des sfogline est un véritable art, transmis de mère en fille, et qui incarne l’âme de la cuisine émilienne.

La tradition veut qu’en Émilie-Romagne, la feuille de pâte soit si parfaite que son épaisseur est codifiée : la largeur idéale d’une tagliatelle crue correspondrait à 1/12 270e de la hauteur de la tour Asinelli de Bologne (soit environ 7 mm de largeur une fois cuite). Cette anecdote mi-sérieuse mi-ludique illustre le degré d’attention porté aux détails. Les formats emblématiques de la région incluent les tagliatelle (larges rubans aux œufs, servies al ragù alla bolognese), les tortellini (petits anneaux farcis de viande et de parmesan, cuits traditionnellement en bouillon capon), les cappelletti (cousins des tortellini, souvent au fromage ou à la viande, servis en bouillon également), les lasagne verdi (pâtes à lasagne aux épinards montées en couches avec béchamel et ragù), ou encore les strozzapreti (pâtes fraîches sans œuf roulées à la main, dont le nom savoureux signifie « étrangle-prêtre »). Chaque ville a sa spécialité : piadina (galette) à Rimini, anolini farcis de Parme, tortelli di zucca (raviolis à la courge) à Ferrare, etc.

En parlant de courge, Ferrara s’est distinguée en obtenant un label européen pour son plat typique : les cappellacci di zucca ferraresi IGP, de grands tortelli à la courge violine et au Parmigiano Reggiano, reconnus IGP en 2016. C’est l’une des rares pâtes fraîches à être protégées ainsi, preuve de l’attachement local à cette recette remontant à la Renaissance. La forme de ces cappellacci évoque un chapeau de paille paysan (cappellaccio), et leur saveur douceâtre de courge muscade, relevée de noix de muscade, est un délice automnal.

Artisans et ateliers ouverts aux gourmands en Émilie

Si l’Émilie-Romagne est la terre des pâtes fraîches, elle compte moins de marques artisanales de pâtes sèches que d’autres régions – la tradition ici est avant tout familiale et liée aux sfogline locales. Néanmoins, on peut citer Le Sfogline à Bologne, une boutique tenue par deux sœurs qui perpétuent l’art du tortellino fait main devant les passants. De nombreux ateliers de pâtes artisanales parsèment la région, souvent appelés laboratori di pasta fresca, où l’on peut acheter des tortellini faits main au kilo à cuisiner chez soi. À Parme, par exemple, l’atelier Fantasie di Pasta prépare chaque matin anolini, tortelli d’herbes et autres merveilles devant la clientèle.

Pour une expérience immersive, rendez-vous à Bologne où des écoles de cuisine et ateliers vous permettent d’apprendre à rouler la pâte comme une vraie sfoglina. La Vecchia Scuola Bolognese propose des cours pour apprivoiser le mattarello et réaliser vos propres tortellini. À Casa Artusi, le centre culturel gastronomique de Forlimpopoli (patrie de Pellegrino Artusi), des ateliers sur les pâtes maison sont également organisés, dans l’esprit du célèbre gastronome.

Certains producteurs de pâtes sèches de qualité sont présents en Émilie-Romagne, notamment Pastificio Graziano (près de Parme) ou Campofilone (même si ce dernier est dans les Marches voisines, il est très distribué en Émilie). Mais l’artisanat local passe surtout par les épiceries et trattorie familiales. À Bologne, il n’est pas rare de voir des plateaux de tortellini alignés en vitrine, prêts à emporter. Les habitants eux-mêmes achètent leurs pâtes fraîches du dimanche chez le pastaio du quartier plutôt que de les faire, tant l’offre est abondante et de qualité.

Routes touristiques et fêtes de la pasta en Émilie-Romagne

La région se découvre aussi à travers des événements gourmands. Impossible de manquer le Festival du Tortellino (Festival del Tortellino) qui se tient chaque année en septembre à Castelfranco Emilia, entre Modène et Bologne. Cette sagra célèbre le tortellino légendaire – né, dit-on, à Castelfranco – avec des reconstitutions historiques de la création du tortellino (représentant Vénus inspirant un cuisinier, selon la légende locale). Des stands proposent des tortellini cuisinés de diverses façons, et l’ambiance est très conviviale. À Bologne même, un Festival del Tortellino réunit chaque automne les meilleurs chefs de la ville qui réinventent le tortellini en dégustation gourmande.

Pour les curieux, la province de Parme abrite un lieu unique : le Musée de la Pasta à Collecchio (dans l’enceinte de la Corte di Giarola). Ce musée, dédié entièrement aux pâtes alimentaires, retrace l’histoire de leur fabrication à travers 10 sections, des techniques anciennes aux procédés modernes. On y voit d’antiques machines à laminer, des séchoirs et extrudeuses, et l’on comprend l’évolution des pâtes de la ferme à l’usine. C’est un complément passionnant pour qui veut approfondir ses connaissances après avoir dégusté les spécialités locales.

Enfin, s’il vous reste un peu d’appétit, sachez que l’Émilie-Romagne est aussi la terre du parmesan, du jambon de Parme, du vinaigre balsamique de Modène… Autant de merveilles DOP qui accompagnent souvent les pâtes dans l’assiette. Un voyage dans cette région comblera tant le gourmet que le curieux de traditions, l’un ne venant jamais sans l’autre ici.

Campanie : Gragnano, royaume des pâtes sèches et labels d’excellence

La Campanie, région de Naples, est mondialement connue pour être le berceau des pâtes alimentaires sèches en Italie. C’est ici, et plus précisément dans la petite ville de Gragnano, que s’est développée dès le XVIe siècle une florissante industrie artisanale des pâtes longues. Le microclimat de Gragnano, entre mer et montagne, avec un ensoleillement généreux et un taux d’humidité idéal, a fait la fortune des vermicellai (fabriquants de vermicelles) locaux. La rue principale, la Via Roma, était même conçue pour cet usage : dès 1843, elle fut élargie et pavée de façon à maximiser l’exposition au soleil et au vent salé venant de la côte amalfitaine, devenant un immense séchoir naturel où les macaroni étaient étendus sur des tréteaux en pleine rue.

Gragnano est aujourd’hui encore surnommée la « Cité des pâtes » (Città della Pasta). Elle a obtenu en 2013 le précieux label IGP pour ses pâtes de semoule de blé dur, couronnement de cinq siècles d’histoire et de savoir-faire. Une visite à Gragnano est un pèlerinage pour tout amoureux de pasta : on y trouve une concentration unique de pastifici artisanaux historiques. Parmi eux, Pastificio Afeltra, fondé en 1848 en plein Via Roma, continue de fabriquer des spaghettoni et paccheri dans son bâtiment d’époque, en utilisant l’eau pure des Monts Lattari et des tréfileuses en bronze comme autrefois. Pastificio Gentile, fondé en 1876, est une autre adresse légendaire : la famille Zampino perpétue la tradition avec des pâtes sèches d’exception, séchées pendant jusqu’à 60 heures. Gentile fait partie du Consortium des pâtes de Gragnano IGP, qui rassemble 16 producteurs locaux engagés à respecter un cahier des charges strict garantissant l’origine italienne du blé dur, l’eau de source locale et le procédé artisanal.

D’autres marques campaniennes méritent une mention pour leur qualité artisanale. Pastificio Faella (Gragnano, depuis 1907), Pastificio Cuomo (Gragnano, fondé en 1840), ou encore Leonessa et Setaro (respectivement de Cercola et Torre Annunziata, deux localités voisines à forte tradition de pasta) sont autant de producteurs réputés. On ne peut ignorer Rummo non plus, maison née à Benevent en 1846, célèbre pour sa méthode de Lenta Lavorazione – une fabrication lente garantissant une tenue parfaite à la cuisson, ce qui a valu aux pâtes Rummo un succès international. Bien que Rummo soit aujourd’hui de taille industrielle, elle reste attachée à son identité artisanale.Via Roma - Gragnano

Pâtes de Campanie typiques et labels

La Campanie excelle surtout dans les pâtes sèches de blé dur. De nombreux formats y sont nés ou ont été popularisés : les spaghetti bien sûr, mais aussi les maccheroni (tubes courts), les ziti (longs tubes creux utilisés pour les timballi et plats au four), les paccheri (grands tubes inspirant leur nom de « gifle » en dialecte, tant ils éclatent en bouche), ou les fusilli (longs fusilli enroulés autour d’un aiguillon, tradition exportée de Gragnano en Calabre par des migrants). Un format spectaculaire est le candele – de très longues pâtes tubulaires de près d’un mètre, séchées en hauteurs et à casser en morceaux avant cuisson.

La star locale reste toutefois le spaghetti et son alter ego plus large le spaghettone. Gragnano en a fait son étendard et l’a décliné en versions IGP de haute qualité. Le label Pasta di Gragnano IGP impose l’utilisation de moules en bronze pour extruder la pâte, d’où une surface rugueuse idéale pour accrocher les sauces, et un séchage à basse température pendant plusieurs dizaines d’heures. C’est grâce à ces méthodes que les pâtes de Gragnano ont cette saveur et cette fermeté « al dente » incomparables. À noter qu’une autre spécialité campanienne est aussi protégée par un label : les Scialatielli frais de la Côte amalfitaine (épais rubans de blé dur et lait, souvent parfumés au basilic) ont obtenu le label PAT en Italie. Et plus largement, la Campanie a donné naissance à certains plats de pâtes les plus célèbres, qu’elle s’attache à préserver : l’Amatriciana, la Carbonara, la Cacio e pepe – même si ces recettes sont liées aussi au Latium voisin, Naples a contribué à les populariser dès le XIXe siècle dans ses trattorias.

Anecdotes culinaires et visites gourmandes en Campanie

Un voyage en Campanie sur le thème des pâtes passe immanquablement par Gragnano. La ville organise chaque année la Festa della Pasta, un festival gastronomique qui attire des milliers de visiteurs fin août ou début septembre. On peut y déguster des plats préparés par des chefs locaux et étoilés, assister à des ateliers et visites d’usines, dans une ambiance festive. Lors de l’édition 2022, plus de 15 000 portions de pâtes ont été servies aux 30 000 visiteurs présents, preuve de l’enthousiasme autour de cet événement.

À Gragnano toujours, certaines entreprises ouvrent un musée dédié aux pâtes. C’est le cas de La Fabbrica della Pasta (située non loin, à proximité de Pompei) qui a aménagé un petit musée avec plus de 500 pièces d’époque retraçant l’histoire de la fabrication des macaronis, entre anciens moules en bronze et séchoirs en bois. Le Valle dei Mulini (Vallée des Moulins) de Gragnano mérite aussi le détour : cette vallée verdoyante abrite les ruines de vieux moulins à eau du XIIIe siècle, où l’on moulait le blé destiné aux pastifici locaux. C’est une balade pittoresque combinant patrimoine industriel et nature, sur les traces de l’ancienne filière blé-pâtes de la région.

Enfin, un conseil gourmand pour clore la visite : dans la ville de Naples, rendez-vous dans l’un des anciens magasins de pâtes du centre historique. Par exemple, Le Antiche Paste di Gragnano est une épicerie fine où l’on trouve toutes les marques IGP locales. Vous pourrez y acheter des paquets de spaghetti di Gragnano IGP, des paccheri ou des fusilli lunghi, à rapporter chez vous en guise de souvenir (comestible) de la Campanie. Et pour déguster sur place, Naples offre quelques adresses centenaires comme la trattoria Nennella ou Ciro a Santa Brigida où les pâtes sont cuisinées dans la plus pure tradition napolitaine. Buon appetito !

Pouilles : orecchiette de grand-mère et blé dur du Sud

En descendant dans le talon de la botte italienne, on arrive en Pouilles (Puglia), une région ensoleillée réputée pour ses champs de blé dur à perte de vue. Ici, la pâte est l’affaire de la mamma et de la nonna : la tradition se vit dans les rues des vieux quartiers, où les femmes façonnent encore à la main les pâtes typiques du terroir. La plus célèbre d’entre elles est sans conteste l’orecchiette, littéralement « petite oreille ». Cette pâte en forme de coupelle est réalisée avec de la semoule de blé dur et de l’eau – pas d’œuf, conformément à la tradition du sud de l’Italie. Le geste pour former une orecchietta est tout un art : un coup de couteau arrondi dans la pâte, puis on la retourne sur le pouce pour obtenir cette petite oreille creuse et rugueuse.

Le spectacle fascinant des « orecchiette ladies » de Bari est devenu une attraction à part entière. Dans la vieille ville de Bari (Bari Vecchia), une ruelle est même surnommée Strada delle Orecchiette. Chaque jour, des dames de tous âges s’installent devant leur porte avec une planche en bois et roulent des orecchiette à une vitesse incroyable, tout en bavardant en dialecte, sans même regarder leurs mains expertes. Les pasta fraîches sèchent ensuite au soleil sur des tamis, et les passants peuvent acheter des sachets d’orecchiette fraîches pour quelques euros. C’est une expérience authentique et touchante de voir perdurer ce savoir-faire dans la vie quotidienne. Comme le souligne un reportage, Bari est célèbre pour cette rue Arco Basso où « les femmes préparent, font sécher et vendent des orecchiette fraîches juste devant chez elles, l’une des meilleures choses à faire à Bari ». Nombre de restaurants locaux se fournissent d’ailleurs directement auprès de ces nonne, garantissant à leurs clients une pasta véritablement fatta a mano.

Les Pouilles comptent bien d’autres pâtes traditionnelles : les cavatelli (petits gnocchis allongés et creux), les strascinate (proches des orecchiette mais plus larges), les troccoli (spaghetti carrés obtenus au ferro, un outil à lamelles) typiques de la province de Foggia, ou encore les sagne ‘ncannulate (larges bandelettes torsadées à la main, dans le Salento). La plupart du temps, ces pâtes sont confectionnées seulement à base de blé dur et d’eau, car historiquement les œufs étaient réservés à d’autres usages plus précieux dans cette région pauvre. Le blé dur des Pouilles, lui, est de très haute qualité (c’est « le grenier à blé de l’Italie »), riche en gluten, idéal pour la fabrication de pâtes sèches ou fraîches.

Artisans des Pouilles et pâtes d’exception

Parmi les marques artisanales notables des Pouilles, le Pastificio Benedetto Cavalieri est un incontournable. Fondé en 1918 à Maglie (province de Lecce), ce pastificio familial s’est fait un nom en défendant la qualité supérieure de ses pâtes grâce au « Metodo Delicato » – un procédé de pétrissage lent, de tréfilage au bronze et de séchage à basse température très prolongé, qui assure aux pâtes une texture et un goût incomparables. Benedetto Cavalieri sélectionne rigoureusement les meilleurs blés durs des Pouilles et de Basilicate, et ses spaghettoni, penne, ruote pazze (« roues folles », une forme de pâte fantaisie maison) sont prisés des chefs du monde entier. L’entreprise, toujours familiale, figure même au registre des « entreprises historiques d’Italie », gage de sa longévité et de son attachement à la tradition.

D’autres producteurs méritent l’attention : Masseria Mirogallo (près de Matera, Basilicate limitrophe, produisant pâtes et conserves), Pasta Cuomo (différent du Cuomo de Gragnano, ici un petit artisan à Andria), ou encore Pasta Apuli qui propose des orecchiette parfumées (aux épinards, à la tomate…). La plupart restent de petite taille, diffusant surtout localement ou via des épiceries fines en ligne.

Un phénomène intéressant dans les Pouilles est le retour aux blés anciens locaux. Quelques artisans comme Mastro Sante ou Semìné travaillent avec des variétés traditionnelles de blé dur telles que le Senatore Cappelli, le Saragolla ou le Russello, appréciées pour leur digestibilité et leur goût plus prononcé. Ils proposent ainsi des orecchiette ou cavatelli en version semi-complète issues de ces céréales anciennes, souvent certifiées bio. Cela s’inscrit dans une tendance de valorisation du patrimoine agricole local.

Saveurs, anecdotes et tourisme autour des pâtes en Pouilles

La Pouille est riche d’anecdotes culinaires. On dit par exemple que l’orecchiette pourrait trouver ses origines au Moyen Âge dans la communauté juive de Provence, avant d’arriver dans la région de Bari via les échanges méditerranéens, ce qui expliquerait sa ressemblance avec les pâtes crosets provençales. Vraie ou pas, l’orecchiette est aujourd’hui l’emblème gastronomique de Bari et de toute la région. Le plat traditionnel par excellence est l’orecchiette alle cime di rapa, où ces « petites oreilles » sont sautées avec des pousses de brocoli-rave, de l’ail, de l’huile d’olive et une touche d’anchois. Un plat pauvre, végétal, légèrement amer, mais ô combien savoureux lorsqu’il est préparé avec des ingrédients fraîchement récoltés sur la terre des Pouilles.

Pour le touriste gourmet, il existe plusieurs sagre (fêtes) dédiées aux pâtes dans la région. La plus connue est sans doute la Sagra delle Orecchiette de Cisternino, un ravissant bourg blanc de la Vallée d’Itria, chaque été autour du 9-11 août. Durant un week-end, la ville célèbre ses orecchiette maison avec stands de dégustation, musique populaire et ateliers de fabrication. De même, à Sannicandro di Bari, on organise à la mi-août une fête de l’orecchiette où les nonne du village montrent leur dextérité aux visiteurs. C’est l’occasion de goûter les orecchiette sous toutes les coutures : à la tomate, à la ricotta forte (ricotta fermentée, spécialité locale), ou encore en salade froide.

Un passage obligé pour les passionnés est le quartier d’Orecchiette Lane à Bari Vecchia dont nous avons parlé. Stendhal disait « Voir Naples et mourir » ; on pourrait aujourd’hui dire : « Voir les orecchiette de Bari et mourir heureux ». La scène de ces dames façonnant la pâte est si pittoresque qu’elle semble sortie d’un autre temps. N’hésitez pas à engager la conversation – en italien ou avec quelques gestes – les nonne de Bari sont fières de leur art et vous parleront de leurs recettes de sauce, de leurs familles, ou même vous inviteront à goûter là, sur le pas de la porte, une assiette de pasta fraîchement cuisinée.

Enfin, notez que les Pouilles comptent aussi des musées vivants de la pâte dans certaines masserie (fermes-auberges) où l’on organise pour les touristes des ateliers de fabrication d’orecchiette ou de cavatelli. C’est le cas par exemple à la masseria Montedoro près d’Alberobello, où la maîtresse de maison montre aux visiteurs comment rouler les pâtes à la main. Ces expériences interactives permettent de repartir non seulement avec un ventre contenté, mais aussi un peu du savoir-faire local au bout des doigts.

Sicile : entre héritage arabe et créativité insulaire

La Sicile, île carrefour de civilisations, possède une tradition céréalière très ancienne et une histoire de la pâte particulièrement riche en influences. C’est en Sicile que l’on trouve l’une des plus vieilles mentions de pâtes sèches en Occident : en 1154, le géographe arabe Al-Idrisi décrivait la production à grande échelle de longs fils de pâtes (appelés itriyya) dans le village de Trabia près de Palerme, pâtes qui étaient exportées dans tout le bassin méditerranéen. Cette référence historique atteste qu’au XIIe siècle, la Sicile fabriquait et commercialisait déjà des pâtes sèches de blé dur, sans doute grâce au savoir-faire apporté par les Arabes durant leur domination de l’île (IXe-XIe siècle). Les Siciliens peuvent donc revendiquer un rôle prépondérant dans l’invention des spaghettis, bien avant le voyage de Marco Polo en Chine !

Après le départ des Arabes, la Sicile a continué à développer sa propre identité en matière de pâtes. Dans l’ouest de l’île, autour de Trapani, les busiate sont devenues la pasta locale par excellence. Fraîches ou sèches, ces longues vis creuses sont idéales pour retenir les sauces corsées, comme le fameux pesto alla trapanese à base de tomates, amandes pilées, ail rouge de Nubie et basilic. À Palerme, ce sont les anelletti – de petites pâtes en anneaux – qui sont emblématiques, utilisées notamment dans le timballo palermitain (un gratin de pâtes aux aubergines, vu dans le film « Le Guépard »). En Sicile orientale, on trouve les maccaruna (maccheroni enroulés autour d’un fin bâtonnet, proches des fusilli), très populaires dans la province de Catania.

La Sicile se singularise aussi par l’usage de blés anciens locaux dans la fabrication de ses pâtes. L’île a conservé des variétés de blé dur autochtones comme le Tumminia (ou Timilia), le Russello ou le Perciasacchi. Ces blés rustiques à faible rendement reviennent en force grâce à des artisans meuniers et pastiers passionnés. Par exemple, le Molino del Ponte à Castelvetrano produit de la semoule de Tumminia qui sert à confectionner des busiate intégrales au goût légèrement noisette. De même, le Pastificio Minardo à Modica (Sicile sud-est) s’est spécialisé depuis 2007 dans les pâtes biologiques à base de variétés anciennes siciliennes, soutenant ainsi les petits agriculteurs locaux. Ces initiatives redonnent ses lettres de noblesse au blé sicilien, jadis considéré comme l’un des meilleurs de la Rome antique.

Artisans siciliens et ouvertures au public

En Sicile, on trouve moins de « grandes » marques de pâtes artisanales connues à l’international qu’en Campanie ou en Émilie, mais une pléthore de petits ateliers locaux. Parmi ceux-ci, on peut citer Pastificio Campo à Linguaglossa (près de l’Etna), qui utilise l’eau de source volcanique pour ses pâtes tréfilées au bronze, ou Barone Macaroni à Palerme, qui perpétue une tradition familiale de maccaruna depuis 1910. Beaucoup de ces artisans vendent principalement sur les marchés locaux ou dans leur boutique attenante à l’atelier.

Pour le visiteur, plusieurs fermes et domaines viticoles en Sicile proposent des démonstrations de fabrication de pâtes lors de dégustations. Par exemple, à Valderice (près de Trapani), la Tenuta Tondini organise des ateliers où l’on apprend à rouler les busiate au buso, suivis d’un repas convivial où l’on déguste ses propres pâtes fraîches au pesto de pistaches ou aux fruits de mer locaux. Dans les monts Iblei (sud-est), l’agritourisme Valle dell’Acate combine découverte du vin de Nero d’Avola et cours de cuisine sicilienne, avec en vedette la confection de ravioli sucrés à la ricotta et au chocolat (les ravioli di Giarratana).

Enfin, bien que dédiée au couscous plutôt qu’aux pâtes, mentionnons la célèbre Couscous Fest de San Vito Lo Capo, à l’extrémité occidentale de l’île. Ce festival international du couscous, héritage de la présence nord-africaine, célèbre un plat qui est un cousin éloigné des pâtes (semoule travaillée). Il illustre l’âme métissée de la cuisine sicilienne où couscous et pâtes cohabitent, par exemple dans le Fregolotta (plat mêlant fregola sarde – petites pâtes en billes toastées – et couscous).

Histoire et gourmandises autour des pâtes siciliennes

La Sicile regorge de récits où les pâtes tiennent un rôle. Une légende veut que l’idée des spaghetti al nero di seppia (pâtes à l’encre de seiche) serait née à Syracuse lorsqu’un cuisinier, en manque de sauce, utilisa l’encre noire d’une seiche fraîchement pêchée pour assaisonner ses spaghetti – créant ainsi un plat aujourd’hui emblématique de l’île, à la couleur noire intense et au goût iodé puissant.

Un autre classique, les pasta alla Norma, illustre l’attachement des Siciliens à l’opéra et aux aubergines. Ce plat de maccheroni aux aubergines, tomates et ricotta salée aurait été baptisé ainsi en l’honneur de l’opéra Norma de Bellini (compositeur natif de Catane) : un poète local, enthousiasmé en goûtant ce plat, se serait exclamé « Chista è ’na vera Norma ! » (« C’est un véritable chef-d’œuvre ! ») en référence à l’opéra. Depuis, alla Norma désigne tout plat à la sauce tomate-aubergine-ricotta dans la région de Catane.

Côté labels, la Sicile a décroché en 2015 une IGP pour un produit très spécial : les Culurgiones d’Ogliastra IGP. Certes, l’Ogliastra est en Sardaigne, mais les Siciliens revendiquent une parenté dans leurs propres raviole à base de pommes de terre et menthe. Les culurgiones, en forme d’épi de blé tressé et farcis de pomme de terre-pecorino-menthe, sont devenus IGP pour l’Ogliastra, mais on trouve en Sicile des raviolis analogues (notamment dans la région d’Enna) qui témoignent des échanges culturels entre îles de la Méditerranée.

Pour clore ce voyage sicilien, impossible de ne pas évoquer l’atmosphère unique qui règne sur l’île. Déguster des busiate au pesto trapanese sur une terrasse de Trapani au coucher du soleil, avec en toile de fond les îles Égades, procure un plaisir simple et authentique. À Palermo, dans le marché de Ballarò, on pourra goûter sur le pouce un bol de pasta chi sardi (pâtes aux sardines, fenouil sauvage et raisins secs) servies par un traiteur de rue, une recette ancrée dans l’histoire punico-arabe de la ville. La Sicile est ainsi : un creuset de cultures dont la cuisine, et les pâtes en particulier, racontent les chapitres les plus savoureux.

Sardaigne : culurgiones, malloreddus et héritage pastoral

Enfin, terminons notre périple par la Sardaigne, île voisine de la Sicile mais à l’identité bien distincte. Territoire de bergers et de terres rudes, la Sardaigne a développé une cuisine de pâtes liée à ses célébrations rurales et à ses produits pastoraux (fromage de brebis notamment). La forme de pâte la plus emblématique est sans doute les malloreddus, aussi appelés gnocchetti sardi. Ces petits gnocchis striés en forme de coquillage sont préparés avec semoule de blé dur, eau et souvent une pointe de safran dans la pâte (épice autrefois abondante dans le Medio Campidano sarde). Les malloreddus sont indissociables du riche ragù à la saucisse et au fenouil, connu comme Malloreddus alla Campidanese, souvent gratinés avec du pecorino sardo. C’est le plat festif par excellence dans les villages sardes.

Mais le joyau gastronomique de Sardaigne, récemment reconnu, ce sont les Culurgiones (ou Culurgionis) d’Ogliastra, mentionnés plus haut. Ces raviolis en demi-lune finement ciselés à la main pour imiter un épi de blé ont obtenu le label IGP en 2015. Farcis d’une purée onctueuse de pommes de terre, de pecorino sarde affiné, d’ail et de menthe fraîche, les culurgiones sont généralement servis nappés de sauce tomate et de pecorino râpé. Dans l’Ogliastra (est de la Sardaigne), ils ne se consommaient traditionnellement qu’à la Toussaint, en hommage aux ancêtres – leur forme d’épi symbolisant le pain et la prospérité. Aujourd’hui, on les trouve toute l’année dans les restaurants sardes tant ils sont appréciés. Leur façonnage demande une grande dextérité : chaque culurgione est fermé par un repulgo (pincement) en motif d’épi. Peu de personnes maîtrisent ce geste à la perfection, ce qui explique le nombre restreint de producteurs certifiés.

Fabricants et valorisation des pâtes sardes

La Sardaigne possède plusieurs pastifici artisanaux de renom, souvent liés à des familles locales. Citons par exemple Tanda & Spada à Thiesi, fondé dans les années 1990, qui a remis au goût du jour la fregula sarde (petites billes de pâte à base de semoule grillée au four, semblables au couscous) en version artisanale. La fregula sarde, traditionnellement faite à la main dans de grands plateaux puis toastée, connaît un regain de popularité grâce à des chefs qui l’utilisent dans des soupes de poisson ou des salades. D’autres producteurs comme La Casa del Grano à Cagliari se sont spécialisés dans les malloreddus de qualité supérieure, striés un à un sur de véritables ciurili en bois (planches striées).

Il existe aussi des coopératives qui regroupent des artisans, notamment pour les culurgiones IGP. L’association Cospat (Consorzio Su Tortellinu Ogliastrinu) promeut ainsi la production authentique de culurgiones dans la région d’Ogliastra. Plusieurs petits labos artisanaux en sont membres et produisent quotidiennement ces raviolis pour les restaurants locaux ou pour l’exportation en Italie continentale, tout en respectant le cahier des charges IGP (ingrédients d’origine Ogliastra, format et poids réglementés entre 10 et 28 g par pièce).

Découvertes et traditions en Sardaigne

Voyager en Sardaigne autour des pâtes, c’est souvent sortir des sentiers battus touristiques pour aller à la rencontre des villages de l’intérieur. La Barbagia (région montagneuse centrale) est le cœur des traditions agro-pastorales. C’est là que, chaque année fin août, lors de la célèbre Sagra del Redentore à Nuoro, on peut déguster des malloreddus préparés par les habitants dans la rue, parmi d’autres spécialités locales. Dans la petite ville de Sadali, un charmant village de Barbagia, se tient depuis plus de 30 ans la Sagra de is Culurgionis à la fin de l’été. On y célèbre les culurgiones avec concours du meilleur façonnage, ateliers de cuisine et bien sûr dégustations géantes de raviolis à la menthe. C’est l’occasion de voir les nonne sardes effectuer le geste du repulgo avec une agilité déconcertante.

Sur le plan culturel, la Sardaigne offre également des musées ethnographiques où la fabrication des pâtes est évoquée. Au Musée des Traditions Populaires de Nuoro, on peut voir des outils comme les scanaduras (planches à strier les gnocchi) ou de vieux pétrins qui servaient pour la pâte à pain et à pâtes dans les foyers. Cela remet en perspective la place de ces préparations dans la vie quotidienne d’antan.

En Sardaigne, l’alimentation reste très saisonnière et liée aux fêtes religieuses ou familiales. Ainsi, lors des mariages traditionnels, il était coutume que la famille de la mariée prépare à l’avance des quantités prodigieuses de malloreddus et de culurgiones pour le banquet nuptial, aidée par les voisines du village. Ces moments de confection collective étaient à la fois un travail et un rite de passage. Aujourd’hui encore, quelques villages perpétuent ces journate de pasta où plusieurs générations se réunissent pour confectionner ensemble les pâtes d’un grand événement, transmettant par la même occasion le savoir-faire aux plus jeunes.

En conclusion, ce voyage à travers les régions d’Italie met en lumière l’extraordinaire diversité des pâtes artisanales italiennes, reflet des terroirs, des cultures et de l’histoire de chaque contrée. De la Toscane à la Sicile, de l’Émilie à la Sardaigne, nous avons découvert des formats uniques (des pici aux busiate), des techniques ancestrales (le laminage au rouleau des sfogline, le séchage naturel au soleil de Gragnano), des labels de qualité qui préservent ces trésors (IGP de Gragnano, Campofilone, culurgiones…) et des artisans passionnés qui font vivre cet héritage.

L’Italie nous enseigne que la pasta n’est pas « qu’une pâte alimentaire » : c’est un patrimoine vivant, un lien social (les sagre, les ateliers familiaux), un motif de fierté locale et un bonheur partagé à table. En arpentant les musées, les boutiques et les festivals consacrés aux pâtes, le voyageur gourmand n’a nul besoin de compléter ses recherches ailleurs : il vivra sur place une immersion délicieuse et complète. Chaque assiette de pâte artisanale dégustée in situ – qu’il s’agisse d’un plat rustique de campagne ou d’une recette étoilée réinventée – raconte une histoire et offre un véritable voyage au cœur de l’Italie, la terre où la pasta est bien plus qu’un plat, un art de vivre.

Sources : Les informations de cet article proviennent de sources officielles et spécialisées : sites de tourisme régionaux (Visit Tuscany, West of Sicily, etc.), consortiums des labels IGP/DOP, producteurs artisanaux (Pastificio Martelli, Fabbri, Cavalieri…), articles de presse gastronomique et guides locaux. Elles ont été vérifiées pour garantir leur exactitude. Bon voyage culinaire en Italie !

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